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...Assisté, dans l'intimité d'un «five-o'clock tea», à un amusant débat sur la question de savoir s'il est juste qu'un volume de vers suffise à conférer à l'homme qui l'a écrit les honneurs académiques, la gloire,--l'immortalité.

Un romancier, candidat à l'Académie, auteur d'une vingtaine de volumes que tout le monde n'a pas lus, déclare: «Il avait du talent; mais pour tant d'hommages, et si pompeusement rendus, un volume de sonnets, c'est peu...»

Le mort dont on parle est José-Maria de Heredia. Je ne l'avais vu qu'une fois et il m'avait tout à fait séduite par je ne sais quoi d'aisé et de cordial dans l'aspect; par la noble véhémence du parler et la beauté de son sourire. Il me questionna sur les poètes de mon pays; je lui parlai de ses vers, que j'avais lus et appris; je lui en récitai quelques-uns et je lui dis que je l'aimais pour deux raisons: d'abord parce que ses sonnets étaient beaux; ensuite parce qu'en bornant son ambition à la joie d'écrire un seul livre, il m'avait épargné l'ennui d'en feuilleter plusieurs pour apprendre à l'admirer.

«La fécondité des auteurs, lui disais-je, est devenue le supplice des pauvres gens qui ont le souci d'étudier les littératures. On fait métier d'écrire; on écrit donc le plus qu'on peut. Et ainsi l'on disperse son génie; on en met un peu dans chacun des livres qu'on fait; on n'en met beaucoup dans aucun et l'on oblige le lecteur à poursuivre à travers dix, quinze, vingt volumes, la pensée qu'il aime; on joue à cache-cache avec lui; on l'essouffle... C'est une course éreintante, monsieur, où les écrivains seront de moins en moins suivis. La vie est trop courte, et nous avons tant de choses à faire! Aussi ai-je souvent rêvé ceci: une littérature qui ne serait un métier pour personne; où l'homme hanté du besoin d'écrire apporterait, vers l'âge de quarante ou cinquante ans, le trésor de ses pensées,-en trois cents pages. Trois cents pages, où se condenseraient le rêve et l'expérience de toute une vie... Vous avez fait cela, vous; vous vous êtes donné à nous en une seule fois, tout entier. Vous ne tenez pas de place; on vous sait par coeur en un mois, et vous coûtez trois francs... Vous êtes un bienfaiteur.»

M. de Heredia se mit à rire. Mais c'était le plus sérieusement du monde que je lui parlais ainsi.
Sonia.

LE CONGRÈS DE LA TUBERCULOSE

UNE COMMUNICATION DU DOCTEUR BEHRING.--LA SCIENCE FRANÇAISE ET LA SCIENCE ALLEMANDE.

Un fait a dominé de très haut tous les travaux du Congrès international de la tuberculose et accaparé l'attention aussi bien du monde médical que du grand public: c'est la communication du docteur Behring, délégué du gouvernement allemand, sur les recherches qu'il poursuit, depuis plusieurs années déjà, en vue de découvrir un traitement curatif de la tuberculose.

Au premier moment, et sur des rumeurs recueillies hors des murs du Grand Palais des Champs-Elysées, on a affirmé que le docteur Behring avait définitivement trouvé ce remède, qu'appellent tant de voeux si ardents. Pas encore, hélas! et le savant médecin a dû calmer lui-même l'enthousiasme qui commençait à se donner carrière: s'il entrevoit le but, il ne l'a pas atteint. Il a précisé, dans son mémoire au Congrès, les résultats obtenus. Ils sont fort beaux, mais pas encore décisifs.