Fig. a.
Balle Lebel
(1886).
Fig. b.
Balle allemande
(1888).
Fig. c.
Balle S, nouvelle
balle allemande.

On enseignait jadis fort longuement (et l'on enseigne probablement encore), dans les cours de toutes les écoles militaires de tous les pays du monde, que la meilleure forme avant à donner aussi bien aux balles qu'aux obus était une ogive d'une hauteur égale au diamètre du projectile, ogive tronquée à l'avant par un méplat. Telle était, par exemple, la forme donnée à la balle 1886-1893 de notre fusil actuel, balle ogivale à méplat de 4 millimètres (fig. a). Telle était également, à peu de chose près, la forme de la balle 1888 allemande (fig. b), celle-ci ne différant de l'ancienne balle française que par l'arrondi de la partie antérieure. Au reste, à part cette légère modification, la balle allemande était identique à la nôtre comme calibre, longueur et poids, si bien que, le tracé intérieur des deux armes étant aussi le même, les deux fusils se trouvaient tout à fait équivalents au point de vue du tir.

Cet état de choses s'était modifié il y a quelques années, quand nous avions adopté la balle D. Celle-ci est une balle de cuivre bi-ogivale, c'est-à-dire très pointue à l'avant et de forme légèrement fuyante à l'arrière (2). Bien que notablement plus longue que notre ancienne balle 1886-1893, en plomb chemisé de maillechort, elle est sensiblement plus légère que cette dernière, en raison de la densité moins grande du métal qui la constitue. Toutefois, contrairement aux anciens principes de la balistique, qui voulaient des balles en métal très lourd, elle conserve mieux sa vitesse dans l'air et sa trajectoire est beaucoup plus tendue que celle de la balle qui l'a précédée.

On peut d'ailleurs juger des progrès réalisés depuis quarante ans, en ce qui concerne la tension des trajectoires, par la figure d. Celle-ci représente à la même échelle, et pour la distance de 1.000 mètres, les trajectoires des fusils 1866 (Chassepot) et 1874 (Gras), ainsi que la trajectoire commune au fusil 1886 (Lebel) et aux fusils allemands 1888 et 1898. Or les deux premières s'élèvent jusqu'à 17 ou 18 mètres, tandis que la dernière ne dépasse pas 10 mètres. Quant au progrès réalisé par la balle S elle-même, on l'appréciera sur la figure e, qui représente, pour la distance de 700 mètres, la trajectoire du fusil 1886 (Lebel) et des fusils allemands 1888 et 1898 comparativement avec celle du fusil 1898 tirant la nouvelle balle. La première s'élève en effet deux fois plus (3m,80) que la seconde (1m,85), ce qui lui donne une zone dangereuse beaucoup moins étendue.

(1) On a prétendu aussi que le culot de la balle S était arrondi au lieu d'être coupé d'équerre (voir la ligne pointillée de la fig. e), mais nous croyons que la balle ainsi établie était une simple balle d'expérience et non la balle définitivement adoptée en Allemagne, et brevetée depuis plusieurs mois par la Deutsche Waffen und Munitions fabriken.

(2) Par un sentiment de réserve que l'on comprendra facilement, et bien que le secret encore conservé sur la balle D soit, depuis longtemps, le secret de Polichinelle, nous nous abstenons de donner le dessin de ce projectile.

Fig. d.--Aplatissement progressif des trajectoires.