Il vient d'arriver à Paris un voyageur de qui l'on peut dire qu'il n'a vraiment pas froid aux yeux. C'est M. Gustavus Nordin, qui a fait tout le voyage, avec ses propres moyens, dans un fragile canoë de sapin, ponté en toile. Il affirmait d'autre part son endurance physique, son beau mépris des intempéries, en n'arborant, dans la majeure partie du trajet, pour tout costume, qu'une simple culotte de flanelle, restant le torse et les jambes nus. C'est dans cet équipage, se nourrissant très frugalement, qu'il a traversé le détroit, suivi les canaux de Danemark, d'Allemagne, de Hollande et de France pour arriver enfin à bon port, à Asnières, où il abordait, la semaine dernière, au garage de la Société de la Basse-Seine. Inutile de dire si les rowingmen français lui ont fait un accueil enthousiaste et l'ont complimenté pour ce bel exploit sportif.

PAUL MEURICE

M. Paul Meurice.--Phot. Studio.

Un des doyens des lettres françaises, Paul Meurice, s'est éteint subitement, pendant la nuit de dimanche à lundi, dans son petit hôtel de la rue Fortuny. Il était âgé de quatre-vingt-cinq ans.

Auteur dramatique, romancier, journaliste, il a beaucoup écrit, et l'on est loin d'avoir épuisé la liste de ses ouvrages quand on a cité parmi les pièces: Benvenuto Cellini, Fanfan la Tulipe, Schamyl, les Beaux Messieurs de Bois-Doré, le Songe d'une nuit d'été, Antigone; parmi les livres: la Famille Aubry, Césara, les Chevaliers de l'esprit. Au théâtre surtout, Paul Meurice avait connu des succès éclatants et justifiés; mais il semblait avoir abandonné le soin de sa propre renommée pour se vouer au culte fervent de Victor Hugo, avec lequel, dès sa jeunesse, son ami Auguste Vacquerie l'avait mis en relation. Exécuteur testamentaire du grand poète, il employa, on le sait, le labeur incessant d'une verte vieillesse à la revision de l'oeuvre posthume du maître, et il avait commencé la publication d'une édition définitive en quarante volumes de son oeuvre complète.

M. ZADOC-KAHN

M. Zadoc-Kahn, grand rabbin du consistoire central des israélites de France, a succombé, le 8 décembre, dans sa soixante-septième année, aux suites de la maladie dont il souffrait depuis deux mois.


Les obsèques de M. Zadoc-Kahn: le service
religieux dans la synagogue de la rue de la Victoire.

M. Zadoc-Kahn.
--Phot. Cerschel.] Il était né à Mommonheim, en Alsace, le 18 février 1839. Après de brillantes études au lycée de Metz, il entrait à l'école rabbinique de cette ville, puis il venait en 1859 achever sa préparation à Paris, où, à peine âgé de vingt-trois ans, il conquérait le grade de grand rabbin avec une remarquable thèse théologique, l'Esclavage suivant la Bible et le Talmud, qui fut traduite dans presque toutes les langues européennes.

En 1868, lorsqu'il fut appelé à remplacer M. Isidor en qualité de grand rabbin de Paris, il n'avait pas trente ans, l'âge minimum requis, et il fallut différer de quelques mois la signature du décret de nomination. C'est également à M. Isidor qu'il devait succéder, le 25 mars 1890, comme grand rabbin de France.