Le général Sakharof.
--Phot. Larger.

Le général Sakharof, qui avait été, de longues années, le chef d'état-major du général Kouropatkine au ministère de la Guerre russe, et qui l'avait remplacé, en 1904, à la tête du département, quand celui-ci fut nommé commandant en chef de l'armée de Mandchourie, vient de périr dans des circonstances tragiques. Démissionnaire du ministère de la Guerre depuis le mois de juillet dernier, il avait été récemment envoyé à Saratof, pour réprimer les troubles agraires. Le 5 décembre, le général travaillait dans le cabinet du gouverneur quand on lui annonça une visiteuse. Il la fit introduire auprès de lui. C'était une femme d'une trentaine d'années, élégamment vêtue. Elle se présenta comme propriétaire foncière, sollicitant un secours, et tendit une supplique au général. Soudain, tandis qu'il lisait l'écrit, il reçut à bout portant quatre balles de revolver. Blessé grièvement, le général Sakharof s'enfuit dans la pièce voisine où il s'évanouit. Il succomba rapidement. Il avait été atteint au coeur, au poumon, au bras, dans le dos. Il avait seulement cinquante-sept ans.

LA MUTINERIE DE Sébastopol

La sédition qui a éclaté le 25 novembre dernier à Sébastopol, et sur laquelle, en raison de l'irrégularité des services postaux, nous recevons seulement les premiers documents photographiques qui soient parvenus en France, a rappelé, mais avec un autre caractère de gravité, l'affaire fameuse du Potemkine.

Le lieutenant Schmidt, chef de la
mutinerie des 25-28 novembre à
Sébastopol.
Phot. Pouditchef.

Les mutins (marins casernes à terre et soldats du régiment de Brest-Litovsky) s'étaient rendus maîtres du transport Otchakof et en avaient expulsé les officiers et les marins fidèles au devoir.

Le 27 au soir, les rebelles délivraient un officier, le lieutenant Schmidt, qui allait être jugé pour avoir tenu un discours révolutionnaire, et le mettaient à leur tête. Il prit le commandement de l'Otchakof, sur lequel il arbora le drapeau rouge, et parvint à capturer les torpilleurs le Sviryopi et trois autres qui avaient tenté de torpiller son navire.

Le lendemain, il enlevait, par un hardi coup de main, les officiers du Panteleimon (ancien Potemkine) et les emmenait à son bord comme otages. On dut recourir à la force pour dompter les insurgés, et un duel d'artillerie s'ouvrit, dans l'après-midi du 28, entre leur escadrille, d'une part, et l'escadre, qu'appuyait de terre de l'artillerie de campagne. L'Otchakof put tirer seulement six coups, et, un incendie s'étant déclaré à son bord, il se rendit. Le lieutenant Schmidt était blessé grièvement.

Le matin du 29, l'amiral Tchoukhine était maître de la situation.