Tous les volumes de la collection des Grands Artistes sont illustrés de 24 gravures, très convenablement imprimées, qui reproduisent les oeuvres caractéristiques du peintre, du sculpteur ou de l'architecte étudié dans le texte. Il y manque peut-être une vingt-cinquième image: le portrait de l'artiste lui-même. Les traits de Gros, Ruysdaël, Claude Lorrain, Gainsborough, et surtout de Percier et de Fontaine, ne nous sont pas familiers: nous aimerions qu'on nous remette sous les yeux leur physionomie en même temps qu'on nous rappelle les faits de leur existence et les phases de leur talent.

De même, dans la collection parallèle des Villes d'art célèbres (H. Laurens, chaque vol., pet. in-4°, abondamment ill. 3 fr. 50 ou 4 fr., selon l'importance), il est permis de regretter l'absence d'un plan de chacune des cités qui nous sont décrites. Assurément M. Émile Gebhart, de l'Académie française, ne prétend pas nous guider dans Florence de la même façon que le Baedeker ou le Joanne, ni M. P.-J. Bié dans Nurenberg, ni M. Pierre Gauthiez dans Milan. Mais un plan nous aiderait cependant à nous orienter parmi les monuments au milieu desquels on nous promène, à situer les palais, les églises qu'évoquent pour nous de brillants écrivains dont le texte est semé de reproductions de photographies.

M. Pierre Gauthiez, artiste érudit, a entrepris de réhabiliter Milan, que l'on traverse trop souvent sans l'étudier, pour courir vers d'autres villes d'une beauté plus illustre. Il est un enthousiaste du Dôme trop souvent décrié: «... Je n'ignore pas, dit-il, qu'il est de bon goût, et raffiné, d'affecter, au nom du gothique, un grand mépris pour la cathédrale milanaise. Cette affectation de dédain, et les plaisanteries faciles, empruntées à la pâtisserie le plus souvent ou à la lingerie, sont simplement ineptes. Si la cathédrale de Chartres est la rude fleur d'un pays morne, gris et pâle, quand la moisson ne le fait point roux; si Notre-Dame de Paris, ou Laon, ou Reims, ou Bourges, expriment l'âpre mysticisme de nos terres barbares, pourquoi ce pays doux et gras du Milanais, dont l'allégresse accueille et dont le charme enivre, après la traversée des Alpes, n'aurait-il pas reçu le droit d'exprimer la forme de sa religion dans cette blanche église, immense, à mille clochetons, immaculée comme les glaciers que l'on découvre de son toit, offerte au soleil et aux molles pluies argentées comme les plaines qui lui font un magnifique piédestal? Est-ce que la vigne lombarde est courte et bossue, et revêche, comme nos ceps? Ne s'enlace-t-elle point aux mûriers pour s'épanouir en guirlandes? Et l'air qui joue autour du Dôme a-t-il rien de commun avec notre ciel dur et belliqueux? Ces gens avaient du marbre, et non une pierre austère et rugueuse. Ils ont fait leur cathédrale en marbre...»

A qui l'éditeur pouvait-il demander la monographie de Florence, sinon à M. Émile Gebhart? On devine avec quelle faveur cet érudit académicien, ce lettré exquis, analyse l'âme et la race florentines, répète ce que racontent les vieilles pierres de Florence, inventorie ses trésors d'art.

Trois plaquettes consacrées à Rossini par Lionel Dauriac, à Gounod par P.-L. Hillemacher, à Liszt, par M. D. Calvocoressi, inaugurent une nouvelle série: celle des Musiciens célèbres (H. Laurens, 2 fr. 50 chaque vol. petit in-8º). Ces études ne sont pas seulement intéressantes et élégamment écrites; elles sont présentées avec une illustration documentaire et anecdotique, aussi fidèle que variée: portraits, fac-similés de pages autographes, reproductions de costumes, de décors, de ballets, caricatures, etc., --richesses iconographiques enfouies en des musées, des bibliothèques, des conservatoires, et dont la plupart sont utilisées pour la première fois.

M. Romain Rolland (célèbre depuis quelques semaines pour avoir obtenu le prix de l'Académie féminine de la Vie heureuse, avec son roman Jean-Christophe), vient de publier, dans la collection, des Maîtres de l'art, une biographie de Michel-Ange (Librairie ancienne et moderne,3 fr. 50). En 160 pages, M. Romain Rolland a su être complet: l'oeuvre gigantesque et la vie enfiévrée de Michel-Ange apparaissent dans ce petit livre avec un relief saisissant. On trouve à la fin du volume une table chronologique, un catalogue des principales peintures et sculptures, enfin une bibliographie comprenant les écrits de Michel-Ange et ceux qui lui ont été consacrés.

Voyages.

L'Espagne est un pays charmant!... Certes oui, l'Espagne pittoresque, vue, contée et crayonnée par un artiste! M. J. Worms a fait plusieurs voyages au delà des Pyrénées à des époques où il y avait encore des Pyrénées, des costumes nationaux, des traditions originales. Au gré des étapes de sa vie ambulante de peintre, il a recueilli des impressions et croqué des types qui ne sont plus ou presque plus. Du tout, enfin, il a fait un beau livre, Souvenirs d'Espagne (H. Floury, éd.), riche en illustrations ingénieuses et piquantes.

On sait qu'en vingt-sept mois la mission du Bourg de Bozas traversa l'Afrique, de la mer Rouge à l'Atlantique, en passant par la Somalie, l'Éthiopie, les plateaux du haut Nil et le Congo. M. du Bourg de Bozas mourut sur l'Ouellé, près du but. Ainsi se termine sur une page tragique le récit de cette exploration. De là mer Rouge à l'Atlantique (de Rudeval, 30 fr.), dont nos lecteurs connaissent déjà au moins l'un des épisodes, une curieuse chasse à l'éléphant qui fut relatée dans L'Illustration. L'ouvrage, illustré d'après les photographies de la mission, est présenté par une préface de M. R. de Saint-Arroman.

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