Le général de cavalerie allemande comte Zeppelin vient de renouveler, au-dessus du lac de Constance, les expériences de navigation aérienne qu'il avait tentées en 1900 (voir L'Illustration du 21 juillet 1900). Son aérostat, qui se compose d'une enveloppe cylindrique en fils d'aluminium abritant seize ballonnets d'hydrogène et à laquelle sont suspendues deux nacelles, a été légèrement modifié dans ses détails. La longueur est de 126 mètres, le diamètre de 11 mètres; les ballonnets renferment 10.400 mètres cubes de gaz.
Un progrès considérable a été réalisé dans la construction du moteur: les deux nouvelles machines, pesant ensemble 400 kilos, développent une force de 170 chevaux; avec un poids moindre de 5 kilos seulement, les anciennes en produisaient 30. La charge totale à enlever atteint 9.000 kilos, soit environ 1.000 kilos de moins que précédemment.
Les ascensions ont eu lieu les 17 et 21 octobre et 30 novembre derniers. Le comte Zeppelin et l'ingénieur Durr avaient pris place à l'avant, avec deux machinistes; quatre personnes, également, occupaient la nacelle arrière. Les deux premières ascensions furent contrariées par des accidents ne portant aucune atteinte au principe de l'appareil. La dernière dura vingt-trois minutes, à la vitesse de 7m,50 par seconde, qui n'avait jamais été atteinte dans les expériences antérieures. On aurait môme, un instant, constaté la vitesse de 9 mètres. Après avoir décrit plusieurs boucles, l'aérostat atterrit sans difficulté.
Le dirigeable Zeppelin en expériences sur le lac de Constance.
Il y a encore loin de ces résultat; à ceux obtenus avec le Lebaudy qui, des 1902 parcourait près de 100 kilomètres en moins de trois heures. Mais nous ne devons pas oublier que le comte Zeppelin semble se préoccuper surtout d'établir un appareil susceptible d'accomplir un voyage de quinze à vingt heures.
LES THÉÂTRES
L'Opéra-Comique vient de faire entendre deux oeuvres nouvelles qui ont beaucoup plu au public. L'une, les Pêcheurs de Saint-Jean, paroles de M. Henri Cain, n'est rien moins qu'une très belle symphonie dramatique, où le compositeur, M. Widor, affirme une fois de plus les hautes qualités qu'on lui connaît. Musique savante et facilement compréhensible, inspiration soutenue et d'une absolue sincérité, tels sont les mérites divers qui expliquent et justifient le succès de ce bel ouvrage. Mme Triché et un excellent ténor, M. Salignac, contribuent pour une large part à sa réussite. La seconde nouveauté, la Coupe enchantée, livret de M. Matrat, d'après La Fontaine, n'est pas moins remarquable à d'autres points de vue. La partition de M. G. Pierné, légère, d'une expression charmante, et développée suivant la poétique de l'opéra-comique d'autrefois, se distingue des productions anciennes par des délicatesses d'harmonie et d'orchestration que ne recherchaient pas les maîtres du genre.
L'audition des envois de Rome, au Conservatoire, consacre la bonne réputation de MM. Malherbe et Levadé parmi les musiciens. M. Malherbe est un symphoniste très fort; nous lui voudrions moins de science et plus de jeunesse. M. Levadé a charmé davantage les auditeurs, surtout dans son très classique développement du psaume CXI qui contient de très belles parties.