LA VENGEANCE DE LA GAZELLE
De tous les spectacles que permet de fixer la photographie, il n'en est point peut-être le plus curieux, de plus étrange parfois, que celui des moeurs animales, si diverses, si abondantes en aspects pittoresques et imprévus. On aura sans doute remarqué que la vie des bêtes nous fournit, en ce journal, de nombreuses gravures: à feuilleter, depuis quelque dix ans, les numéros de L'Illustration, on trouverait toute une histoire naturelle, fidèlement commentée par l'image. Le document reproduit ci-dessous devait y avoir sa place. Il y a trois mois, dans notre numéro du 28 septembre dernier, nous publiions un cliché représentant, sur la rive d'un fleuve africain, une gazelle capturée par un boa, qui, avant de la dévorer, l'enroulait de ses anneaux étouffants. La photographie que nous donnons aujourd'hui montre la revanche de l'innocent animal.
C'est dans le Sud africain, aux environs de Bulawayo, qu'elle a été prise récemment. Un python, long de 5 mètres, avait avalé, tout entière, une jeune gazelle, après l'avoir écrasée dans ses replis. On connaît l'extraordinaire faculté que possède ce reptile d'absorber les proies les plus grosses: saisissant sa victime par le bout du museau, il en introduit la tête entre ses mâchoires, qui s'écartent peu à peu, s'élargissent de manière à y faire pénétrer, tout d'une pièce, le corps de l'animal. Notre python avait réussi, non sans de laborieux efforts, à loger la gazelle dans son estomac, où il s'apprêtait à la digérer patiemment, lorsque les cornes acérées de la pauvre bête vinrent à percer le dos écaillé du monstre.
C'est dans cet état qu'on le trouva, mort, étendu sur le sol de toute sa longueur, le ventre dilaté, deux petites pointes trouant sa peau: la gazelle s'était vengée.
La revanche de la gazelle: python trouvé mort près d'une ferme
de Bulawayo (Afrique du Sud) après avoir avalé une gazelle dont
les cornes lui ont transpercé la peau.
Communiqué par M. le Dr P.-R. Nèl.
(Note du transcripteur: Ce supplément ne nous a pas été fourni.)