Puis il lit un mot que le général Eydoux m'avait chargé de lui remettre.

--Ah! le général Eydoux, «notre général», si vous saviez ce que nous lui devons!... Il a toute mon admiration et toute mon affection... Dites-le-lui bien, et dites-lui toute ma reconnaissance dès que vous lui écrirez, car je n'aurai malheureusement pas le temps de le faire, j'ai tant d'occupations ici...

Le lendemain, on nous présentait au commandant Spiliadis, sous-chef d'état-major du général, le même qui, avec 1.800 hommes, enleva gaillardement Preveza. Nous lui demandons de nous raconter le combat de Nicopolis, puis son entrée dans la ville conquise:

--Quand je suis entré dans Preveza, nous dit-il, je me suis dit: Je venge enfin les Grecs, mais je venge aussi les 3.000 soldats français que le fameux Ali pacha fit, en 1812, lâchement massacrer dans les rues de cette ville...

Que de souvenirs français ici! Que de sympathies pour nous, aussi! Ce général, qui se dit le profond admirateur de nos théories militaires et les applique constamment; presque tous les officiers et beaucoup de soldats qui parlent notre langue; les sonneries de clairon ou de trompette qui sont des airs bien connus de nos troupiers; toute l'artillerie de campagne à tir rapide, enfin, qui sort du Creusot... On se sent vraiment dans une atmosphère de sympathie, dans une atmosphère presque française. Et cela suffirait à nous attacher à cette brave armée d'Epire, au milieu de laquelle nous ne nous sentons nullement dépaysés. Il y a plus: un uniforme français apparaît, au milieu des tenues kaki: c'est le capitaine Barès, chef du centre d'aviation de Bue, attaché militaire. Il suit la campagne, qu'il doit étudier au point de vue aviation. Et c'est un homme charmant avec lequel, bien entendu, nous fraternisons tout de suite, sans peine.

VISITES AUX CANONS ET AUX AÉROPLANES

L'après-midi du 9 décembre, nous partons en automobile pour les avant-postes, en même temps que le général.

A Schéfik-Bey, derrière une colline grisâtre, sont installés les quatre seuls canons de 105 que possède l'armée d'Epire,--d'anciens Krupp. On vient de finir de les monter, et le général Sapoundsakis vérifie lui-même les emplacements des pièces... En quelques mots il nous en explique le mécanisme et la manoeuvre. Après quoi, souriant, il nous annonce qu'il nous attache, ma femme et moi, à son état-major, avec lequel, désormais, nous allons vivre. Cela nous reposera des rigueurs de la vie en Macédoine.

Le lendemain matin, 10 décembre, nous allons, en compagnie du capitaine Barès, nous rendre compte de ce qui se passait au camp d'aviation de Nicopolis. Deux aéroplanes, un Maurice-Farman et un Henri-Farman, sont devant leurs hangars démontables en toile bleue. Deux mécaniciens français, Chauveau et Berni, achèvent de monter et de régler les appareils que doivent piloter le lieutenant d'artillerie Cambéros et le lieutenant de cavalerie Notaras.