Le Sebou, c'est le nom qu'elle a donné à ce bateau, l'aîné d'une flottille qu'il faut souhaiter de voir devenir nombreuse, effectue en ce moment son premier voyage, et déploie sur l'oued si fantasque le pavillon français. C'est une sorte de canonnière très légère, ne calant pas plus de 80 centimètres à l'arrière, ce qui lui permettra de franchir sans trop de difficultés les hauts fonds. Au 24 décembre dernier, le Sebou était à Bel Ksiri où fut prise la photographie que nous reproduisons. Il a depuis continué, et, aux dernières nouvelles, avait atteint Souk el Djema, à 120 kilomètres environ de Méhédya.

Un ingénieur, M. Turgan, est à la tête de cette entreprise. Le directeur technique de la navigation, le «capitaine d'armement» si l'on veut, est M. Le Peillon, à qui une longue pratique des rivières indo-chinoises a donné une expérience précieuse.

UNE MÉDAILLÉE DE LA GUERRE

C'est un document émouvant, évocateur d'une époque déjà lointaine, que cette photographie d'une famille de soldats, prise quelques années après la guerre. Celle qui y figure aux côtés de son mari et de ses enfants, Mme Gombert, vient de recevoir la médaille de 1870, à Rodez, dans une touchante cérémonie, comme il y en a eu tant en France ces temps derniers, qui réunissait d'anciens combattants de l'Année terrible, Mgr de Ligonnès, évêque de. Rodez, alors capitaine des mobiles de la Lozère, le contre-amiral et le général Boisse, le général Joubert, et, leur doyen à tous, un beau vieillard de quatre-vingt-sept ans, M. Vidal.

Une femme médaillée de 1870: Mme Gombert,
ancienne cantinière, et sa famille.

(D'après une photographie faite quelque temps après la guerre.)

Mme Gombert, qui portait crânement l'uniforme de cantinière, fit la campagne avec son mari, soldat au 3e bataillon de chasseurs à pied; elle emmenait dans sa voiture ses trois enfants en bas âge, qu'elle n'avait pas voulu quitter. Blessée sur le champ de bataille de Rezonville, la courageuse femme fut recueillie à l'hôpital de Metz; elle y demeura jusqu'à la reddition de la place, et partagea ensuite la captivité de l'armée. Le bel exemple d'énergie française qu'elle a donné devait avoir sa récompense. Il ne manque désormais à cette vaillante, femme et mère de soldats--ses deux fils ont été retraités comme adjudants--que la médaille militaire.

THÉÂTRES

L'Opéra s'est honoré en remontant avec des soins exceptionnels le grand drame lyrique de M. Vincent d'Indy, Ferval. Créé à la Monnaie de Bruxelles en 1897, il avait eu, l'année suivante, une série de représentations à l'Opéra-Comique; on ne l'avait pas rejoué depuis. M. Vincent d'Indy a choisi son héros parmi ceux qui empruntent à la légende et aux anciennes traditions nationales leurs valeurs symboliques (car, fidèle au principe wagnérien, il a lui-même composé le livret de ses oeuvres); il a enveloppé son poème d'une musique qui est d'un raffinement, d'une richesse, d'une habileté, d'une beauté technique extraordinaires. M. Muratore et Mlle Bréval ont brillamment tenu la tête d'une interprétation remarquable. M. Messager lui-même, aux premières représentations de cette reprise, s'est fait un devoir de conduire l'orchestre.

Signalons, à la Comédie-Royale, une comédie--fort légère--de MM. André Sylvane et Mouezy-Eon: les Samedis de monsieur, et une piquante petite revue de M. Jean Bastia: Ce qu'il ne faut pas taire.