LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS
Actualité. Il semble bien que l'opinion publique, traduite ces dernières semaines par la quasi-unanimité de la presse, souhaite que le rôle du président de la République soit désormais plus actif et que l'élu du 17 janvier use pour l'avenir de tous les droits, de toutes les prérogatives que lui confère la Constitution de 1875. «Il est naturel, écrivait l'un des plus illustres parmi les républicains de 1830, Armand Carrel, il est naturel de chercher l'ordre à l'abri de la volonté d'un seul, quand on est las de le chercher dans la volonté de tous.» Que doivent être réellement le rôle, les droits et les devoirs du Président de la République. M. Henri Leyret nous l'explique en un livre très complet (Ed. A. Colin) au seuil duquel il pose cette question très nette: «Le président de la République est-il le «laquais de l'Assemblée» ou le «surveillant général de l'État»? Et il écrit ces lignes de bon sens, que nous pouvons tenir pour une opportune conclusion:
«Toutes les nations, les plus démocratiques elles-mêmes, ont besoin d'un guide, d'un directeur, d'un chef. C'est une nécessité à laquelle ne saurait se soustraire la République française. Elle y satisfera aisément dès l'instant que son président, cessant d'être une force improductive, consentira à relever l'autorité de la puissance exécutrice.»
Romans.
La Vallée bleue (Fontemoing), c'est, sous la sympathique signature de M. Jacques des Gâchons, un nouveau roman de la famille française, souvent émouvant, parfois éloquent, toujours vrai, et bon à lire en ce moment où l'on se convainct que de l'unité du foyer dépend la santé de la nation. Deux frères, Gabriel et Jérôme Baroney, ont fondé deux familles. Gabriel, l'aîné, architecte de talent, mène une existence épuisante à Paris où le souci d'assurer une vie de luxe à sa femme et à ses deux grands enfants, trop modernes, l'oblige à disperser ses forces et son art dans des travaux indignes de lui, mais très rémunérés. Jérôme, le cadet, a maintenu son foyer aux champs, dans la douce et traditionnelle maison de Filaine, en Berry, dans «la vallée vaste et intime, toute en menus détails disparates et délicieusement harmonieuse, verte et bleue, solide et aérienne». L'invasion de l'autre famille, des Parisiens, séduisants et dangereux, viendra un moment troubler cette sérénité; mais, bientôt, s'étendra de nouveau sur les gens et sur les choses le charme paisible et puissant de cette miraculeuse vallée bleue, de ces doux paysages de notre France rustique où se guérissent plus vite qu'ailleurs toutes les blessures de la vie.
Musique.
Massenet historien, de M. Albert Soubies (Flammarion, 1 fr.): une plaquette curieusement illustrée où l'on trouvera cataloguée d'après une méthode originale l'oeuvre si considérable du maître disparu.
LES THÉÂTRES
Arsène Lupin a de la famille. Sur la scène de l'Athénée c'est sa propre femme, d'ailleurs comtesse, qui se montre la digne élève d'un tel mari. Au fond, nous sommes restés de grands enfants; les histoires de brigands nous amusent. Cette Main mystérieuse est plaisamment terrifiante. Elle dépouille successivement tous les personnages qui s'agitent en scène. Il n'y a que le public amateur de ce genre de spectacles qui ne soit pas volé.
La nouvelle direction de la Renaissance vient de faire un aimable début avec la Folle Enchère, une pièce d'un jeune auteur, déjà notoire, M. Lucien Besnard. C'est une histoire d'amour très joliment contée. Elle met aux prises deux jeunes gens d'origine et d'éducation opposées. Elle se passe dans un milieu provincial de nobles aux trois quarts ruinés dont on va vendre le château, ce dont s'afflige la jeune fille qui l'habite. L'acquéreur qui se présente rêve de le lui restituer, en l'épousant. Mais elle aime un autre homme, plus jeune, moins riche. Le jour de la vente, ce dernier pousse aux enchères contre son rival. C'est doublement la Folle enchère, car le pauvre garçon ne peut pas payer. La situation semble inextricable. Et pourtant tout s'arrange, tout finit pour le mieux, par la vertu souveraine de l'amour.