Mlle Marguerite Malmanche.

Mlle Malmanche a eu le singulier mérite de créer un enseignement nouveau, répondant à un besoin nouveau de notre temps. Préparée par de fortes études au professorat, elle dirigea toute son intelligente activité vers l'éducation professionnelle des jeunes filles pauvres, que la nécessité de gagner leur vie pousse vers les emplois d'administration, de commerce ou de banque. Des cours spéciaux existaient déjà pour les jeunes gens qui abordaient ces carrières. Elle s'attacha, de toute sa volonté, à en organiser de semblables à Paris pour les femmes, auxquelles elle fournissait ainsi les moyens d'apprendre la comptabilité, les langues étrangères, et les notions commerciales indispensables. Non contente de surveiller les progrès de ses élèves, elle aimait à les guider dans la vie, avec une affectueuse vigilance, et son efficace protection s'exerçait pour toutes celles dont elle avait pu discerner le mérite.

Ses efforts avaient reçu, de toutes parts des encouragements précieux. Mlle Malmanche avait été nommée inspectrice de l'enseignement commercial et des langues vivantes de la Ville de Paris; et elle faisait partie du Conseil supérieur de l'enseignement technique; décorée de la Légion d'honneur depuis de nombreuses années, elle avait été, récemment, promue au grade d'officier.

Elle disparaît à l'âge de soixante-cinq ans, en ayant mis plus de quarante au service de la tâche la plus noble, la plus désintéressée.

Le sultan Zémio.

MORT D'UN SULTAN AFRICAIN

Avec le sultan Zémio disparaît une des figures les plus curieuses et les plus intéressantes parmi celles de nos grands chefs du centre africain. Depuis longtemps il souffrait d'un mal intérieur dont une intervention chirurgicale, consentie malgré le respect des traditions zaudées, avait atténué les effets.

Par des guerres successives le sultan Zémio Igpiro (la foudre) avait placé sous sa domination et organisé tout le bassin du haut fleuve M'Bomou jusqu'aux confins du Soudan anglo-égyptien. Il avait joué un rôle essentiel lors de la création des postes français au Bahr-el-Ghazal et du passage de la mission Marchand (1896-1899). Tous ceux qui l'ont approché et connu ont été frappés de l'urbanité et de l'intelligence de Zémio qui, sous ses allures modestes de bonhomme, excellait à feindre et à dissimuler.

Un poste avait été établi près de Zémio dès 1895; une compagnie de tirailleurs occupe son territoire depuis les premiers mois de l'année 1912. Après sa mort, son commandement reste partagé entre plusieurs de ses fils et la substitution de notre autorité à la sienne marque un grand pas dans la voie du progrès et de la civilisation où la France s'est engagée en Afrique équatoriale.