Au cours de ses passages successifs au ministère, M. Raymond Poincaré a attaché son nom à diverses réformes ou actes politiques importants. Il a fait proclamer l'autonomie des Universités, créé le doctorat ès sciences politiques et administratives, fait adopter l'impôt progressif sur les successions, puis, président du Conseil, fait ratifier au Parlement le traité franco-allemand et le traité franco-espagnol, voter le traité instituant le protectorat marocain et, enfin, fait accepter par la Chambre la réforme électorale.
Au moment où l'Assemblée nationale vient de donner à sa politique générale une si haute et si éloquente consécration, il sied de rappeler, bien que ces souvenirs soient encore tout frais dans nos mémoires, avec quel fier souci de la dignité nationale il a dirigé, depuis un an, les affaires extérieures de la France.
En ces derniers mois, il avait assumé un rôle agissant qui lui avait conféré, aux yeux de l'Europe entière, un prestige considérable. Dès que se dessina la crise balkanique, il avait pris l'initiative généreuse de faire, appel à une entente des puissances en vue d'une action pacificatrice. Il n'a pas dépendu de ses sages conseils, des vaillants efforts qu'il multiplia jusqu'au bout, que l'orage actuel ne fût conjuré. Le mérite de son attitude, si conforme à la grande tradition française, demeure entier à son actif: il s'est, en ces jours troublés, inquiétants, affirmé grand homme d'État. Son influence dans la politique intérieure ne fut pas moins bienfaisante. L'autorité avec laquelle, au nom de la France, il avait paru devant l'Europe, ferme sans provocation, l'esprit conciliant mais résolu qu'il avait montré en face des adversaires mêmes du dedans, ce sont les deux bases solides de l'estime, de l'affection que lui a vouées la foule équitable.
l'académicien
M. Raymond Poincaré est, depuis 1909, membre de l'Académie française où il a remplacé cet autre Lorrain admirable, Émile Gebhart et où l'a accueilli M. Ernest Lavisse.
En dehors des classiques thèses de doctorat, en dehors même de son oeuvre oratoire, plaidoiries, discours politiques, d'une pensée si forte et d'une forme littéraire si parfaite, il était désigné au choix de l'illustre Compagnie par un ouvrage qui, sous le titre Idées contemporaines, publié en 1906, contient une série d'études sur des sujets très divers, du «Courage fiscal» à un «Éloge d'Arago», d'un chapitre sur «l'Éducation des jeunes filles» à un autre sur «Jeanne d'Arc et l'idée nationale», où son esprit pénétrant, son talent sobre et de grand style se montrent sous les aspects les plus variés et les plus captivants.
Et, détail piquant, celui qui, dans quelques semaines, va porter en écharpe le grand cordon de la Légion d'honneur n'était, jusqu'à présent, pas même chevalier de l'ordre... Que, d'ailleurs, on n'en prenne pas texte pour récriminer contre l'injustice de ceux qui récompensent les mérites. La vérité est que M. Raymond Poincaré était entré dans la politique, était ministre même avant l'âge où les plus ambitieux peuvent songer à la croix,--et qu'une loi sévère interdit aux parlementaires en fonctions de la recevoir, quels que soient les services qu'ils puissent rendre à la République.
G. B.
L'élément féminin au Congrès de Versailles: le couloir des tribunes réservées. Dessin de Simont.