Les incidents qui ont amené, comme plaignant, le député d'Hazebrouck, devant l'official, remontent au mois de mai 1911. M. l'abbé Lemire, prenant part, comme chaque année, au pèlerinage d'Arnèke, qui jouit dans la région d'une grande faveur, se vit interdire, par M. le curé Beck, de célébrer la messe dans l'église paroissiale,--affront public qu'aggravait, à quelques jours de là, un article de la Semaine religieuse commentant l'acte du curé d'Arnèke et arguant, pour le justifier, de ce que M. l'abbé Lemire aurait été rayé de la liste des chanoines honoraires de Bourges et que, de plus, il serait frappé de suspense. En vain M. l'abbé Lemire protesta que les deux faits avancés étaient faux; en vain il sollicita de la Semaine religieuse une rectification. Les attaques contre lui redoublèrent. C'est alors que, de guerre lasse, il déposa entre les mains de son supérieur hiérarchique, Mgr l'archevêque de Cambrai, une plainte en due forme, lui demandant «de vouloir bien user, en cette circonstance, des moyens dont il disposait pour sauvegarder l'honneur de ses prêtres». La plainte, transmise à la cour de Rome, fut renvoyée devant le tribunal ecclésiastique de première instance, c'est-à-dire devant l'officialité de Cambrai. La cause a été évoquée samedi dernier.
Le tribunal, composé, en somme, d'un juge unique, l'official, M. Cateau, vicaire général du diocèse, assisté de deux assesseurs, MM. Sapelier et Catteau, ayant seulement voix consultative, siégeait dans la salle d'un patronage, proche de la cathédrale,--une pièce sans solennité, encombrée d'un gros poêle qui semble le centre du décor, entre deux tables et quelques chaises.
Les débats occupèrent deux audiences.
M. l'abbé Lemire était défendu par Mgr Boudinhon, professeur à l'Institut catholique de Paris. Mgr Battandier, venu tout exprès de Rome, assistait Mgr Delassus; M. l'abbé Beck, un vieillard presque nonagénaire, était représenté par M. l'abbé Baron, mais ce fut Mgr Battandier qui présenta également sa défense.
La double plaidoirie du prélat romain prit, en réalité, toute l'allure d'un réquisitoire, et des plus vifs; ce fut «une digression agressive» put proclamer le défenseur de M. l'abbé Lemire. Mais le plaignant--devenu ainsi accusé, autant dire--prononça lui-même contre les allégations dont on l'accablait une protestation si émouvante, que des applaudissements nourris, éclatant parmi l'assistance, en saluèrent la péroraison.
A une audience ultérieure, l'official rendra son double jugement.
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On les croyait calmées. Il est vrai qu'il y a deux mois elles avaient imaginé de détruire au moyen d'un liquide corrosif le contenu des boîtes aux lettres dans la cité de Londres. Leur faculté d'invention étant inépuisable, elles avaient brisé quelques jours plus tard les avertisseurs d'incendie, jetant l'effroi dans le coeur des pompiers de la capitale et, de là, dans celui des habitants. Mais cet exploit avait paru être le dernier. Et voici que, tout à coup, elles se réveillent. De nouvelles vitres viennent d'être cassées. Une vénérable dame, Mrs Despard, arrêtée à Trafalgar square, est condamnée à quinze jours de prison. Que se passe-t-il donc?