Après quelques phrases de politesse, le Président s'est assis à son bureau et, sur ma demande, a continué à s'occuper des affaires courantes, examinant des papiers, prenant des notes, donnant des signatures. Celle qui orne mon croquis est de sa propre main, bien entendu, et c'est, m'a dit ensuite son secrétaire, une faveur qu'il ne prodigue pas. Quant à mon dessin, tout en étant assez ressemblant, il n'est pas fameux, je suis le premier à le reconnaître; mais, je peux bien le dire sans lui manquer de respect, le Président a très mal posé. Je ne pouvais pourtant pas me permettre de rappeler à l'ordre un tel chef d'État.

L'exemple parti de si haut n'a pas tardé à être suivi, et, après le président de la République, le président du Conseil, la plupart des ministres, vice-ministres et secrétaires, m'ont, à l'envi, accordé quelques moments de pose; si bien que, maintenant, je ne sais plus où donner de la tête.

Beaucoup de physionomies intéressantes, parmi ces hommes politiques de la nouvelle Chine, les unes fines, les autres énergiques, des malicieuses, des bonasses, toutes énigmatiques. Les Chinois sont si loin de nous!

QUELQUES HOMMES D'ÉTAT

Le président du Conseil, Tong Shoa Yi, qui parle admirablement l'anglais, m'a paru être remarquablement intelligent.

C'est une curieuse figure que la sienne: la proéminence de l'arcade sourcilière sous la fuite du front, la minceur de la bouche sous la moustache émondée, la pesanteur du regard derrière les lunettes, composent un ensemble d'une austérité un peu inquiétante. La parole est sobre et précise; la voix grave n'a rien des tonalités aiguës particulières aux Chinois. Tong Shoa Yi a étudié en Amérique, où il a longtemps séjourné, et d'où il paraît avoir rapporté, en même temps que l'accent du pays, un esprit pratique et des idées modernes bien arrêtées.

Le nouveau Ouaï Ou Pou.

Il avait revêtu, pour poser, un veston en flanelle blanche de coupe assez analogue à celle de la vareuse de nos marsouins: col droit et deux rangs de boitons; pantalon européen, naturellement. Comme il me demandait mon avis sur ce complet qui, dans son idée, est destiné à devenir le vêtement national, sorte d'uniforme civil, je lui ai répondu qu'il avait l'air très confortable et très commode et que, si on l'adoptait, il ne fallait pas manquer de prescrire, comme on fait en France pour nos soldats, de boutonner à droite la première quinzaine et à gauche la seconde, pour éviter d'user toujours le même côté. Quand on fait une loi somptuaire, il faut la faire complète.