Il appartenait à une famille de journalistes en qui les vertus professionnelles sont de tradition. Très jeune, il avait été associé à l'oeuvre de son père, le fondateur des deux quotidiens dont, après sa mort, survenue au mois de mars de l'an passé, il prit la direction, et qu'il sut, à son tour, faire prospérer. Il partageait lui-même, depuis quelques années, la conduite d'une entreprise devenue considérable avec son fils, M. Marcel Gounouilhou, et son neveu, M. Custave Chapon, qui lui succèdent aujourd'hui.
La presse française perd en ce journaliste excellent, dont toute l'activité, tout le talent furent consacrés à la même cause, un de ses représentants les plus respectés.
La situation importante qu'il y occupait, les sympathies dont, de tous côtés, il était entouré, l'estime attachée à son nom, ont assuré à ses obsèques, célébrées à Bordeaux, un caractère de grande solennité. Dès la nouvelle de sa mort, M. Fallières et M. Poincaré, ainsi que plusieurs membres du gouvernement, avaient tenu à exprimer par télégrammes à Mme Gounouilhou et à sa famille leurs regrets personnels. M. Chaumet, sous-secrétaire d'État aux Postes et Télégraphes, les autorités bordelaises et une foule d'amis et de collaborateurs, assistaient au service funèbre. Et, après la cérémonie religieuse à la cathédrale Saint-André, des discours évoquèrent, devant la tombe, la noble figure du disparu.
UN GRAND BATISSEUR
Une bien intéressante et sympathique figure vient, de disparaître en la personne de M. Eugène Thome qui fut, avec son père, le grand collaborateur et l'homme de confiance d'Haussmann et d'Alphand dans les grands travaux qui, sous le second Empire, ont transformé Paris.
Le chef de la dynastie, Joseph Thome, né en 1809, dans une petite commune du Gard, vint à Paris «en sabots», simple tailleur de pierres. Par son intelligence des affaires et par sa probité, il conquit des sympathies nombreuses et devint le grand bâtisseur du quartier de Chaillot.
M. Eugène Thome.
--Phot. Mathieu-Deroche.
On le vit bientôt percer puis amorcer par des constructions relativement cossues tous les nouveaux quartiers: boulevard Saint-Denis, rue Neuve-des-Petits-Champs, rue du Havre, avenue Gabrielle, avenue de l'Aima, avenue d'Iéna, rue de Lubeck, avenue Bosquet, rue de Rennes, etc. Ces immeubles, construits de 1800 à 1880, nous semblent aujourd'hui de style un peu terne; c'étaient des palais à côté des maisons basses qu'ils remplaçaient. Le grand entrepreneur inspirait une confiance illimitée; on raconte qu'un soir le duc de Galliera lui avança 20 millions, demandés à l'improviste et nécessaires pour un cautionnement à verser le lendemain.
M. Eugène Thome, qui vient de mourir, était né à Paris en 1843. Pendant vingt ans il fut le collaborateur de son père qu'il aida à consolider une fortune, honnêtement gagnée, d'environ 40 millions. Retiré des affaires, il s'était adonné à l'agriculture. Ayant acheté, il y a quelques années, le domaine de Pinceloup, près de Rambouillet, il avait restauré et transformé cette demeure avec un goût judicieux, s'amusant à sélectionner et à perfectionner le bétail de la ferme, en même temps qu'il préparait des chasses princières auxquelles il conviait l'élite de la société parisienne. M. Eugène Thome était l'oncle de MM. Ernest et François Carnot.