La souplesse merveilleuse avec laquelle ces soldats excellents s'adaptent aux nécessités de leur métier les rend précieux, en campagne. Nuls autres ne sont plus «débrouillards»; et ceux qui, dans les camps marocains les plus inhospitaliers les ont vus entre deux de ces combats où ils montrèrent toujours une si belle crânerie, s'organiser, bâtir leurs cases, toujours les premiers et les plus confortablement installés, ingénieux à découvrir partout d'inattendues ressources, ceux-là conservent d'eux un amusant et bien sympathique souvenir.

Le cliché qui nous a fourni l'illustration de notre première page montre un épisode très particulier de leur existence aventureuse: c'est un débarquement en rade, dans des conditions qui mettent à une rude épreuve leur agilité et leur entrain, et surtout la bonne humeur résignée de leurs inséparables compagnes.

Dans un filet, on a entassé les bagages les plus baroques, hardes, ustensiles de cuisine où le bidon à pétrole, détrônant la classique calebasse, tient une place si importante. Et les tirailleurs se sont hissés sur le tout, s'agrippant aux câbles du palan. Leurs femmes, tout à l'heure, devront se livrer à la même gymnastique, leurs petits au dos. Puis le treuil est mis en marche et descend, plus ou moins doucement, cette grappe humaine dans les embarcations roulant et tanguant le long du bord. Mais plus d'une fois, une houle un peu forte s'élevant brutalement au mauvais moment, bagages et gens sont projetés sans ménagement au fond de la chaloupe,--à moins qu'ils ne prennent une intempestive douche. Et ce sont alors de grands cris, auxquels répondent, sur le pont, les éclats de rire des camarades attendant leur tour de descendre par la même voie.

LA FINLANDE SOUS LA NEIGE

(Voir la gravure de double page, pages 186, 187.)

M. Jean Bouchot, qui est un ami passionné de la Finlande, nous adresse, avec la merveilleuse photographie que nous donnons en double page dans ce numéro, ces jolies notes sur l'hiver finlandais. Et, comme M. Jean Bouchot est également un fervent de la conquête de Vair, il nous dit les conditions favorables que les plaines de neige et les lacs glacés offrent aux expériences de l'aviation:

La douce Finlande, le «Pays des mille lacs», occupe une situation très septentrionale puisqu'elle est comprise tout entière entre le 60° et le 70° de latitude nord. Si nous faisons le tour du monde sur la carte, nous voyons que ce 60° est celui de la Sibérie, de l'Alaska, du Labrador et du Groenland, déserts de glaces et de neige d'où la vie s'est enfuie en partie. Et cependant la Finlande n'est ni le Labrador ni le Groenland, et si la nuit d'hiver, longue de six mois presque, est enfouie sous la neige, le jour étincelant de l'été fait du pays le rival de nos plus riants climats: ce sont les effets du coup de baguette magique du Gulf-Stream.

Si «la Noël sans neige n'est pas une rareté», c'est en ces jours de la fin de février et du début de mars que la couche blanche atteint sa plus grande épaisseur: 70 centimètres, 80 et parfois même un mètre. En ce moment, par exemple, le moelleux tapis revêt toute la terre jusqu'à quelque distance des côtes. C'est encore la nuit d'hiver, la longue nuit qui arrête tout: venue en novembre elle ne cédera sa place qu'aux premiers jours du mois d'avril et pendant tout ce temps les ténèbres dureront dix-huit heures sur vingt-quatre.

Sur la terre, c'est toute une symphonie en noir et blanc. Ici, nous avons le manteau épais, fourré; là, c'est la mantille aux dentelles délicates. Voici des branches qui ploient sous le faix et réalisent l'architecture puissante du climat. Puis voilà des rameaux qui ne sont plus enfouis, mais seulement soulignés: la Nature poudrée à frimas pour les fêtes du grand hiver, la fine verrière gothique près de la conception massive, la toilette de soirée dépouillée de la «sortie de bal».