Enfin, M. Marcel Gras, qui remplissait auprès de M. Raymond Poincaré, au cabinet du quai d'Orsay, les fonctions de haute confiance de chef du secrétariat particulier, les conserve auprès du nouveau président. M. Marcel Gras est docteur en droit et diplômé de l'École des sciences politiques. Il a été, l'an dernier, lauréat de l'Académie des sciences, qui lui décerna le prix Audiffred. Il y a cinq ans déjà qu'il est le collaborateur de M. Raymond Poincaré, comme secrétaire, d'abord, et tous ceux qui ont pu éprouver naguère l'amabilité de son accueil, son tact parfait, se félicitent de le retrouver à l'Elysée.
UNE LETTRE DU TSAR A M. RAYMOND POINCARÉ
Le comte Isvolsky, ambassadeur de Russie, et le baron
Schilling, envoyé extraordinaire, se rendant à l'Elysée pour remettre au
nouveau Président les insignes de l'ordre de Saint-André et une lettre
autographe du tsar.
La remise au président de la République de l'ordre impérial russe de Saint-André, qui a eu lieu cette semaine, a revêtu un caractère et une signification que n'ont point, à l'habitude, les cérémonies de ce genre; on doit lui attribuer l'importance d'une manifestation, entre toutes précieuse et éclatante, de l'alliance franco-russe. En conférant à M. Raymond Poincaré la décoration la plus ancienne et la plus illustre de l'Empire, réservée presque exclusivement aux souverains et aux membres des familles régnantes, le tsar Nicolas II avait donné au chef de l'État une haute marque d'estime et d'attachement, qui était allée au coeur même de la nation: il a voulu spontanément lui ajouter encore un témoignage personnel d'ardente sympathie, par une lettre autographe qu'il lui a fait remettre, en même temps que les insignes.
Les mots affectueux, bien éloignés des formules protocolaires, par lesquels débute cette lettre, montrent tout aussitôt les sentiments de particulière cordialité qui l'ont inspirée: «Monsieur le Président, Grand et Bon Ami, écrit le souverain, je viens vous adresser mes félicitations et mes meilleurs voeux à l'occasion de votre élection à la présidence et de votre entrée dans l'exercice de vos hautes fonctions.» Puis, avec une sincérité frappante, et, si l'on peut dire, une vivacité, qui apparaît à chaque phrase, le tsar, se félicitant de la durée de l'alliance, «consacrée par vingt ans d'existence féconde», déclare qu' «elle constitue la base de la politique étrangère qu'il a tracée à son gouvernement».
Cette lettre, qui devait avoir un si profond retentissement dans toute la France a été portée, le mardi de cette semaine, à M. Poincaré, par M. le baron Schilling, directeur de la chancellerie du ministère des Affaires étrangères, que le tsar avait envoyé spécialement pour cette mission, et par M. Isvolsky, ambassadeur de Russie. Tous deux furent introduits auprès du chef de l'État, qu'entouraient M. Briand et M. Jonnart. M. Isvolsky remit à M, Poincaré le collier et la croix de Saint-André et prononça une allocution chaleureuse, à laquelle le président répondit en affirmant qu'il «veillerait soigneusement, durant sa magistrature, à maintenir et à resserrer l'alliance entre les deux pays».