Installé d'abord assez sommairement dans un local inauguré quelques mois plus tard, le 26 février 1863, l'établissement devait ultérieurement être transféré dans les vastes bâtiments qu'il occupe encore actuellement, à Villeneuve, au bord de la Penfeld, à 4 kilomètres de Brest, qui sont ceux de l'ancienne fonderie de la marine, aménagés dans ce but, et que sont venues compléter peu à peu des constructions modernes, mieux appropriées encore à leur destination.

Les fils de marins de l'État sont admis aux Pupilles dès l'âge de sept ans s'ils sont orphelins à la fois de père et de mère, à neuf ans seulement s'ils ont perdu ou leur père ou leur mère. L'établissement reçoit aussi les fils des ouvriers des arsenaux, mais au seul cas où ils sont orphelins de père et de mère.

On commence d'abord par donner à ces enfants une instruction primaire et les préparer au certificat d'études. Ce premier parchemin scolaire obtenu, on leur apprend un métier manuel, celui de mécanicien, de forgeron, de chaudronnier, de menuisier. Ainsi, il leur sera, plus tard, loisible de bifurquer vers les professions des arsenaux, si le métier de mer ne leur convient pas. Les ateliers où ils reçoivent cet enseignement technique, égayés par leurs tenues de travail «en gris», leurs petits bérets à pompons rouges, leurs grands cols bleus, présentent un très pittoresque spectacle.

Mais c'est surtout l'apprentissage de la vie de marin qui est l'essentiel, la base même de l'enseignement, et c'est en vue de l'école des mousses que sont préparés tous ces enfants.

Ils sont initiés à la gymnastique, à la boxe, au bâton, à la natation, qui ne nuisent jamais à un bon matelot, quoi qu'on en ait pensé autrefois, le rendent plus agile et plus «débrouillard»; mais l'exercice physique auquel on les entraîne avec le plus de soin, le plus de rigueur, c'est le canotage. Il y a, près de l'établissement, un paisible étang que, même par gros temps, n'agitent point de fortes vagues et qui est admirablement propre aux premiers ébats nautiques de ces petits bonshommes aux bras encore si frêles. Les baleinières des Pupilles le sillonnent en tous sens, y évoluent à l'aise sous la conduite de timoniers expérimentés. Entre temps, des gabiers adroits leur enseignent tous ces travaux délicats et savants que les marins exécutent artistement avec des cordes.

Au son du fifre et du tambour.

A quinze ans et demi, cette première partie de leur éducation est achevée. Elle a été conduite paternellement; pourtant avec une certaine rudesse, qui n'exclut pas la bienveillance, voire l'affection, mais qui est nécessaire à ceux qui vont désormais affronter le plus rigoureux de tous les métiers. L'école est administrée, en effet, par d'anciens officiers de marine qui connaissent les exigences de la vie de mer, et s'appliquent à développer chez leurs élèves toutes les vertus qui font d'un honnête homme un marin d'élite, l'intrépide sang-froid, l'esprit d'abnégation et de discipline, l'amour du navire, le culte du drapeau et de la fière devise inscrite au front de tous les bâtiments où ils vont servir un jour: Honneur et Patrie. Dix instituteurs y dispensent l'instruction primaire. Les instructeurs techniques sont, ou des officiers mariniers, ou des quartiers-maîtres retraités, ou d'anciens chefs ouvriers des arsenaux.

Arrivés à ce point de leur carrière, plusieurs voies s'ouvrent, comme nous l'avons indiqué, devant ces enfants. Tandis que les uns, les plus nombreux, vont passer à l'école des mousses, d'autres, soit par goût, soit en raison de quelque tare, imperfection visuelle, insuffisance de développement, vont s'orienter vers l'école des apprentis ouvriers mécaniciens de Lorient et vers les emplois des arsenaux. Quelques-uns, enfin, qui ont donné des preuves d'exceptionnelle intelligence, de dispositions remarquables pour l'étude, seront dirigés vers le lycée de Brest où ils pourront se préparer au Borda; plus d'un ancien pupille porte aujourd'hui avec distinction le sabre d'officier de marine.

Les buts excellents auxquels tend l'établissement des Pupilles de la Marine, les résultats pratiques parfaits qu'il n'a cessé de donner, justifient amplement la faveur qui l'accueillit à sa fondation.