L'armée bulgare s'est avancée, en effet, jusqu'aux portes de l'Orient. Elle n'en a point cependant franchi le seuil et, si l'on en excepte M. Alain de Penennrun qui révéla avant tous autres les raisons de l'échec bulgare devant Tchataldja, ce sont surtout les correspondants du côté turc,

et en particulier Georges Rémond, qui ont pu nous dire l'importance et la difficulté de l'obstacle dressé devant Constantinople.

Justement, cette semaine encore, un journal des opérations du côté ottoman (4) nous est présenté par le major allemand von Hochwæchter. Le major von Hochwæchter ne fut pas, à vrai dire, un correspondant de guerre. C'était un instructeur de l'armée ottomane à l'école de von der Goltz, et ce qu'il est intéressant de trouver et de discuter dans son livre c'est un plaidoyer pour l'oeuvre allemande dans la préparation de l'armée turque à la guerre. Le major avait, au mois de septembre 1912, quitté sa garnison de Damas pour revenir, en congé, dans son pays. Mais dès ce moment la situation dans les Balkans se révélait menaçante. M. von Hochwæchter était personnellement convaincu de l'imminence de la lutte et il savait «qu'en haut lieu on brûlait de montrer la valeur de l'armée réorganisée», car, «bien que la refonte des institutions militaires ne fût pas encore complète, les officiers turcs étaient persuadés de leur supériorité sur leurs adversaires». En Allemagne, les compétences militaires estimaient que les chances seraient pour la Turquie, «si elle pouvait se décider à terminer tranquillement sa mobilisation et à rester sur la défensive jusqu'à la fin des opérations préliminaires». Mais la guerre, prématurément, éclata, et le major aussitôt regagna Constantinople, avec une lettre de recommandation du maréchal von der Goltz, pour faire campagne dans l'armée ottomane. Il fut attaché à l'état-major de Mahmoud Mouktar pacha et il put suivre, quoique souvent à distance du champ de l'action, toutes les opérations de l'état-major du 3e corps d'armée. Chaque soir, le major von Hochwæchter s'astreignit à rédiger ses impressions de la journée, et ce sont ces impressions qu'il vient de réunir en volume, des notes hâtives, généralement un peu sèches, fugitives, pas toujours complétées ni remises au point, mais intéressantes cependant par la lumière simple qu'elles portent sur certains faits. Ainsi ces lignes qui expliquent, sans les justifier, les massacres de non-combattants commis par les Turcs en certains villages chrétiens: «27 octobre.--Tous les soldats et officiers cantonnés dans un village ont été massacrés par les Grecs et les Bulgares; on n'a plus trouvé que des membres épars, les effets et les fusils. Le général a fait fusiller toute la population masculine, puis a fait brûler le village après en avoir éloigne les femmes et les enfants.»

(4) Au feu avec les Turcs, Lib. Berger-Levrault, 3 fr.

Mais le chapitre le plus utile, le plus personnel, en tous cas, est celui dans lequel sont exposées les causes de la rapide désorganisation de l'armée turque, encombrée de redits ahuris, sans discipline et sans officiers, cohue informe jetée à l'abattoir et d'après laquelle, conclut l'auteur, on ne saurait juger de la valeur du soldat turc, le vrai, ni du système allemand qui a présidé à son instruction militaire.

Les livres du major von Hochwæchter et de M. René Puaux ont été écrits ou du moins documentés sous les obus. L'étude purement technique de M. le lieutenant-colonel breveté Boucabeille sur la Guerre turco-balkanique en 1912 (5) a été rédigée dans le calme et la réflexion du cabinet de travail. L'auteur a fait état des correspondances de guerre, qu'il rapproche et critique, pour dégager la vérité de certaines contradictions. L'ouvrage est clair, ordonné, méthodique. C'est un bon livre de bibliothèque militaire.

(5) Avec 11 cartes en couleur et 10 croquis dans le texte. Lib. Chapelot, 5 fr.

Albéric Cahuet.

Voir le compte rendu de Rouletabille chez le tsar, de M. Gaston Leroux; des Contes de Minnie, de M. André Lichtenberger; du Journal du comte Apponyi, et des autres livres nouveaux, dans La Petite Illustration jointe à ce numéro.

UNE RÉCEPTION AU «COUARAIL»