Pourtant le peintre en a rencontré, de ces régiments stoïques partant au front du même air impassible que celui qu'il vit à Dimotika, croisant le train des blessés, et il nous donnera, sans doute, quelque jour, après avoir mûrement pensé, quelques évocations de ce bel enthousiasme qui animait l'armée, le peuple entier, préparé de longtemps à la lutte inévitable, et soudain dressé dans un élan furieux, soulevé par la foi patriotique et religieuse contre l'ennemi séculaire.
UN SOLDAT PHOTOGRAPHE
A l'état-major bulgare
Alors que Georges Scott a exploré ainsi, le crayon aux doigts, les champs de bataille de Thrace, où se décida le sort de la puissance ottomane, un correspondant de marque, et que nous avons eu déjà l'occasion de remercier ici de son aimable collaboration, M. Stéphane Tchaprachikof, secrétaire de S. M. le tsar Ferdinand, a, depuis le début de la campagne, glané, à l'avant des lignes bulgares où ses fonctions officielles lui permettaient, à lui, d'accéder, de fort intéressants clichés dont il a bien voulu faire bénéficier L'Illustration.
Ceux que nous publions aujourd'hui nous font assister à l'action, directement.
C'est d'abord une apparition assez curieuse du tsar Ferdinand, visitant en tout petit comité les positions les plus avancées de son armée devant l'indomptable Andrinople.
Au début de la guerre, en effet, M. Tchaprachikof accompagnait à Mustapha-Pacha--la première conquête des Bulgares en terre ottomane--puis à Yamboli, le tsar Ferdinand. Exalté, comme tant d'autres, par les spectacles dont il avait été témoin, il sollicitait alors du souverain l'autorisation de s'engager comme volontaire dans la troisième armée. On peut penser qu'elle ne lui fut point marchandée: il voulut être incorporé comme simple soldat, ordonnance à l'état-major, qu'il rejoignit à Ermenikeui.
Du 17 au 20 novembre, il prenait part à la bataille engagée devant Tchataldja.
Le 20, il était envoyé en mission aux avant-postes, à l'endroit le plus énergiquement canonné par les batteries turques. Il y demeura tout le temps du duel d'artillerie, exposé à la pluie de shrapnells. voyant tomber, à son côté, un soldat blessé grièvement. Ce fut alors qu'il prit ces clichés dont l'un nous conduit à la position avancée de l'artillerie, près du major Droumef, l'un des héros de Loule-Bourgas, dont le second nous introduit dans les tranchées extrêmes de l'infanterie, au milieu d'hommes si calmes qu'ils s'occupent de l'objectif, cependant que les shrapnells meurtriers, sifflant au-dessus de leurs têtes, s'en vont retomber un peu plus loin en mitraille et accomplir leur oeuvre. Une dernière photographie nous montre l'ensemble des mamelons de Tchataldja, où de seules fumées blanches révèlent le drame sanglant qui se déroule.
Le soir même de cette journée--hommage à sa vaillance dont il a le droit de n'être pas médiocrement fier--il recevait des mains du chef de la troisième armée la croix de l'ordre de Bravoure.