Le successeur du souverain mort, le Diadoque d'hier, duc de Sparte, maintenant le roi Constantin, est né à Athènes en 1868. De son mariage avec la princesse Sophie de Prusse sont nés cinq enfants, dont trois princes. Les désastres militaires de 1897, dont on lui fit un moment porter la responsabilité, affaiblirent sa popularité et il dut, on se le rappelle, abandonner, il y a quatre ans, sur les injonctions de la ligue militaire, les fonctions de généralissime. Mais M. Venizelos vint remettre chaque chose à sa place et l'héritier du trône à la tête de l'armée du roi. Heureusement! Car le Diadoque, au cours de la campagne actuelle, s'est révélé un vrai chef de guerre. C'est lui qui a inscrit sur le drapeau grec les noms des grandes victoires de Thessalie et d'Epire et l'on peut affirmer que le roi Constantin Ier est aujourd'hui, par les satisfactions qu'il a données à l'orgueil de son peuple, l'homme le plus populaire de son royaume.
Albéric Cahuet.
Le croiseur turc Hamidieh--ce vaisseau errant qui, depuis un mois, avait été signalé à Malte, dans les eaux du Levant et jusque dans la mer Rouge--vient d'accomplir un raid surprenant, et de jeter le trouble là où on ne l'attendait point. Il s'est brusquement présenté, le 12 mars dernier, devant Durazzo, puis devant Saint-Jean-de-Médua, où il a coulé ou endommagé quelques transports serbes et grecs, chargés de vivres et de munitions. Quelques jours auparavant, il avait fait escale à Beyrouth. C'est de là qu'un de nos lecteurs, M. Nour El-Dine Beyhum, qui a pu être reçu par son commandant, Hussein Raouf bey, nous adresse, avec la photographie reproduite ci-dessus, les notes suivantes sur sa visite à bord du Hamidieh. Elles prennent un intérêt documentaire, par suite de l'apparition inopinée du croiseur dans l'Adriatique, et du fait qu'on l'avait prétendu commandé par un Anglais.
Le croiseur cuirassé turc Hamidieh à Beyrouth.
Le lundi 3 mars, à 7 h. 1/2 du soir, un navire illuminé, promenant sans cesse autour de lui les rayons de ses projecteurs, apparaissait en vue de Beyrouth: c'était le Hamidieh, qui, peu après, jetait l'ancre en rade.
Le lendemain, à peine le bruit de son arrivée s'était-il répandu, qu'une foule de curieux gagnait les quais malgré la pluie et le vent, pour admirer de loin ce bateau de guerre très estimé. Voulant le voir de plus près, je pris un canot, qui me conduisit à bord. Un soldat porta ma carte au commandant et m'introduisit dans un salon, où je n'eus pas longtemps à attendre. Le commandant, Raouf bey toujours gai et content, entra bientôt, la main tendue, et engagea la conversation en anglais, me parlant de la beauté du Liban et de la ville que l'on pouvait apercevoir par les fenêtres, de la générosité des habitants de Beyrouth, dont il avait reçu de nombreux présents: du sucre, du riz, de la farine, des cigarettes... S'interrompant un instant, Raouf bey appela un de ses officiers, auquel il remit un rouleau de papier de grand format en lui disant de le porter à la T. S. F. C'était sans doute un rapport qu'il faisait adresser au ministère de la Marine.
Signature autographe de Hussein Raouf bey,
commandant du Hamidieh.
Midi ayant sonné, je me levai pour prendre congé; mais le commandant, passant dans la salle à manger du bord, me pria de bien vouloir lui tenir compagnie et de déjeuner avec lui et ses officiers. A table, j'essayai plusieurs fois d'amener l'entretien sur des sujets politiques. Mes efforts furent vains: Raouf bey sut toujours détourner la conversation, paraissant s'intéresser beaucoup aux changements de température, fréquents ce jour-là. Voici le menu du repas servi par le maître d'hôtel du Hamidieh, un Grec sujet Ottoman: potage aux pattes de moutons; omelette; poulet; fèves vertes sautées au beurre; baklavia (gâteau du pays); café.
Le déjeuner fini, je demandai au commandant un autographe de lui, qu'il m'accorda avec plaisir. Et je me retirai, emportant le souvenir ineffaçable de son amabilité et de sa parfaite courtoisie.