A notre gauche, sur le petit Bizani, des troupes grecques avancent, puis se massent sur un mamelon. C'est l'occupation tant rêvée! Pauvres gens, l'ont-ils assez mérité, ce triomphe d'aujourd'hui! Sur le grand Bizani, très haut et très loin, un tout petit drapeau blanc...

Nous descendons, nous remontons, jetant au passage un coup d'oeil aux défenses que nous côtoyons ou traversons. Il en est de très primitives qu'on sent avoir été improvisées en hâte. Par contre, un peu plus loin, voici des tranchées très bien faites, avec abris souterrains pour les hommes, passages souterrains, etc. Les fusils des hommes sont à leur place, car les soldats turcs ont été ce matin rassemblés, sans armes, vers le village de Serviana.

Soudain, sur le mamelon où nous sommes avec des evzones, conduits par leurs officiers, ils arrivent de toutes parts. Ils se répandent dans les tranchées, s'équipent, prennent leurs armes, puis se groupent. Ensuite, ils défilent devant les evzones, et, devant le commandant du bataillon, chaque soldat en passant dépose ses armes. C'est infiniment triste à voir...

DANS JANINA LIBÉRÉE

Janina, 6 mars, soir.

... Enfin, voici Janina, accroupie au bord de son lac bleu, en face de l'énorme chaîne de montagnes qui lui cache tout horizon vers le nord.

[(Agrandissement)]
Croquis schématique, par M. Jean Leune, de la manoeuvre qui a amené la chute de Janina.

En avant de la ville, des troupes campent. D'autres sortent et s'en vont pour camper plus loin. Ce sont les evzones qui sont arrivés hier soir à 800 mètres des portes de Janina dans laquelle ils sont entrés ce matin. Cela leur suffit, pour éviter de passer sous le feu des forts de Bizani, le Diadoque avait arrêté le plan suivant: tourner cette position avec son aile gauche, enlever les hauteurs de Tsouka, s'emparer des forts Saint-Nicolas, Dourouti et Sadovitza, enfin marcher sur Janina. En conséquence, il partagea son armée en deux sections (aile droite et aile gauche), dont la composition respective est indiqués sur le croquis ci-dessus.

La 2e division avec un régiment de cavalerie devait occuper le centre de la ligne et manoeuvrer isolément. La masse d'artillerie (4 pièces de 105, 4 pièces de 150 et plusieurs batteries de 75) était en arrière de Canetta.