M. Poincaré s'était rendu à Montpellier pour clôturer le congrès national de la mutualité française. Son voyage, au programme très chargé, fut cependant très court et l'on peut dire qu'il battit le record de la célérité. Alors, en effet, que les rapides ordinaires mettent une quinzaine d'heures pour couvrir les 850 kilomètres qui séparent Paris de l'Hérault, en moins de trente-quatre heures, M. Poincaré, accompagné de M. Louis Barthou, président du Conseil, et de M. Chéron, ministre du Travail, a effectué le trajet d'aller et retour, entendu vingt harangues, répondu autant de fois, prononcé deux beaux discours, présidé une séance solennelle et un banquet, assisté à une fête champêtre et visité une clinique et un hôpital.
Les journaux quotidiens ont donné un compte rendu détaillé de ces fêtes et cérémonies auxquelles avait voulu assister un éminent ami de la mutualité et de tout ce qui est français, le prince de Monaco. L'une de nos photographies donne une vision de la foule massée devant le théâtre à l'instant où le président de la République, qui venait de clôturer le congrès mutualiste, sortait pour se rendre au manège d'artillerie où avait lieu le banquet de 2.500 couverts. La fête champêtre eut pour cadre la fameuse promenade du Peyrou, dominée par le château d'eau, d'où, lorsque le temps est clair, on aperçoit la mer. Des grisettes montpelliéraines, soeurs des midinettes de Paris, récitèrent un compliment en languedocien, et, sous des arceaux de verdure et de fleurs entrelacés, des groupes de jeunes garçons et de fillettes, de jolies pitchounettes en costume traditionnel, exécutèrent les danses locales de la Treille. M. Raymond Poincaré complimenta avec esprit, serra des mains, embrassa des enfants, entendit quarante fois la Marseillaise et, au bout de sa journée, salué par une dernière formidable acclamation, reprit, à 7 heures, le train de la capitale.
LA SUCCESSION DE M. LÉPINE
En revenant du voyage présidentiel où il remplissait pour la dernière fois les fonctions de directeur de la Sûreté générale, M. Hennion est allé recevoir des mains de M. Lépine le sceptre, ou, pour mieux dire, le bâton blanc de la préfecture de police.
Le successeur de M. Lépine est né dans un bourg du département du Nord, à Gommegnies, près d'Avesnes. Il a même aujourd'hui la satisfaction d'être le maire de sa commune natale.
Engagé dans l'infanterie pour cinq ans, M. Hennion quitta son régiment en 1885, avec les galons de sergent-major, et, dès l'année suivante, il entrait à la Sûreté générale. Nommé, un peu plus tard, commissaire spécial à Paris; puis envoyé, sur sa demande, à Verdun, comme commissaire de police (il y resta près de trois ans pour étudier le fonctionnement de la police en province), il était rappelé en 1893 à la Sûreté générale, et, depuis vingt ans, il n'a plus quitté ce service qu'il dirigeait depuis six ans.
M. Hennion.--Phot. Gerschel.
Sa figure n'est pas encore aussi connue des Parisiens que celle de M. Lépine. Elle l'est, en tous cas, des habitués des champs de courses, où, pendant douze ans, M. Hennion pourchassa les parieurs au livre au grand profit du Trésor, qui du pari mutuel allait tirer les admirables ressources que l'on sait... On a vu aussi M. Hennion en province, puisqu'il y fut, à l'occasion de plus de cent voyages de chefs d'État, l'organisateur des services d'ordre.
Mais, surtout, M. Hennion est le créateur de ces brigades mobiles qui ont transformé les conditions de travail du service des recherches. Grâce à lui encore, ce service se trouve aujourd'hui pourvu de tout l'outillage moderne qui ne lui a manqué que trop longtemps: archives criminelles centralisées à Paris, ateliers de photographie constitués dans les commissariats et aux sièges des brigades mobiles, application de plus en plus étendue de la téléphonie et de l'automobilisme aux opérations de Sûreté générale...