La performance de Daucourt est d'autant plus remarquable que, sur une notable partie du trajet, il dut lutter contre un vent violent, et qu'il laissa bien loin derrière lui un concurrent redoutable. Au moment même où il quittait Bue, en effet, l'aviateur Audemars s'envolait de Villacoublay. Forcé d'atterrir près de Bonn, il jugea prudent de ne point repartir.
A peu de jours de là deux officiers allemands se signalaient par un raid en sens inverse, accompli dans des conditions quelque peu différentes. Mardi dernier, un biplan militaire allemand atterrissait dans un champ à Arracourt, petit village français situé à environ 3 kilomètres de la frontière et à 25 kilomètres de Nancy. On en vit sortir deux officiers en uniforme, qui furent reçus tout d'abord par M. Maire, maire de la commune, et par sa fille, et parurent aussi surpris que désappointés de se trouver sur notre territoire.
Le capitaine von Wall et le lieutenant von Mirbach expliquèrent que leur biplan appartenait à une escadrille de quatre appareils, partis le matin de Darmstadt pour se rendre à Metz. Volant à une grande hauteur, un peu gênés par la brume et n'ayant plus d'essence, ils avaient atterri, se croyant en deçà de la frontière.
L'explication parut sincère. On ne trouva dans le biplan aucun appareil photographique ni aucune pièce suspecte, et le réservoir d'essence, d'une contenance de 75 litres, était vide. On apprit du reste bientôt que les trois autres avions s'étaient eux-mêmes égarés.
L'appareil fut gardé militairement, en présence d'une foule vite accourue, qui n'eut point de peine à garder une correction éminemment française.
De leur côté, les officiers allemands, à qui on avait offert toutes facilités pour se restaurer et pour se ravitailler en essence, s'efforcèrent de se montrer aimables pour les officiers français qui vinrent les visiter.
Vers 5 heures, la décision du ministre parvenait à M. Lacombe, sous-préfet de Lunéville (nommé le jour même préfet des Basses-Alpes), arrivé sur les lieux peu de temps après l'atterrissage, et qui avait déjà fait preuve du plus grand tact lors de la visite du Zeppelin. Il déclara aux aviateurs allemands que le gouvernement les autorisait à repartir par la voie des airs.
Le capitaine von Wall remercia le sous-préfet des égards qu'on lui avait témoignés, et quelques instants plus tard le biplan repassait la frontière.
Le biplan militaire allemand à Arracourt et les deux
officiers qui le montaient, le capitaine von Wall, pilote,
et le lieutenant von, Mirbach, observateur.