«Deux jours plus tard, le 12 avril, à 7 heures du matin, un très simple et très émouvant cortège se dirigeait du camp vers le cimetière de Merada. Précédées de la section de mitrailleuses du 6e bataillon, sept arabas ornées de lauriers, de feuillages, de tentures tricolores de fortune, portaient à leur dernière demeure les dépouilles des braves de Nekhila. Toute la garnison assistait à cette triste cérémonie, et, après un discours du commandant Quirin, un légionnaire, tête nue, la figure grave, dit la prière des morts,--en latin. C'est, disaient les hommes, un ancien «curé». Qui sait quelles épaves recèle la légion, si brave, si noble?» Au moins, nous demeurions sur nos positions: le 16 avril, le général Girardot inaugurait officiellement le poste. Pour la première fois, le pavillon tricolore flottait sur la «redoute Doreau».

Sans doute aura-t-elle encore à subir plus d'une attaque, car les tribus ne peuvent se résigner facilement à une occupation qui nous livre l'unique point d'eau de la région. Elles ont, d'autre part, trop de facilités à nous harceler en raison du voisinage de la zone espagnole où, après chaque défaite, elles peuvent se réfugier: le 10 avril, en déroute, c'est là qu'elles se repliaient par El Kheneg, une gorge qui les dérobait vite à notre poursuite. Toujours est-il 'que le poste est là, assez fort pour se défendre: le général Girardot, en jugeant ainsi, regagnait, le 17 avril, Merada avec le gros de ses forces, et se remettait à la disposition du général Alix pour de nouvelles opérations.

Le commandant en chef du Maroc oriental préparait aussitôt, pour la marche vers la casbah M'Soun, une colonne formée du groupe mobile du général Girardot et du groupe de réserve du général Trumelet-Faber, dont il devait prendre le haut commandement. Et quelques jours d'un repos bien mérité étaient accordés aux combattants de Nekhila. Mais les Beni bou Yahi allaient contrecarrer ce projet.

Le 19, le général Alix était prévenu qu'ils se disposaient, au nombre de plusieurs milliers, avec le concours des Mtalsa, à attaquer de nouveau, le lendemain matin, le poste de Nekhila, la «redoute Doreau» défendue seulement par 500 hommes.

A 8 heures du soir, l'ordre de départ était donné. Deux heures et demie plus tard, mis en route de trois quarts d'heure en trois quarts d'heure, trois groupes, comprenant en tout 4.500 hommes, cheminaient dans les ténèbres. Ils marchèrent toute la nuit, surprirent au petit jour l'ennemi, installé au pied du djebel Guilliz, et, sans prendre un instant de repos, engagèrent l'action.

Voir plus haut, à la page 441, la carte de la région de la Moulouya.

Un moment désemparés par la brusquerie de cette attaque, les Beni bou Yahi se ressaisirent assez vite. Ils résistèrent opiniâtrement jusqu'à une heure de l'après-midi. Alors, brusquement, accablés à la fin par les feux de l'artillerie et de l'infanterie, ils se débandèrent, s'enfuirent dans leurs montagnes, vers la zone espagnole, toujours, abandonnant leur camp qui fut anéanti. Nous avions cinq morts et vingt et un blessés, qu'on ramena vers Merada.

Il y eut encore, dans la nuit du 22 au 23, une nouvelle alerte, une attaque contre le même poste, si vive, que plusieurs piquets du réseau de fil de fer furent arrachés et que les assaillants parvinrent à jeter dans le camp des engins, d'ailleurs inoffensifs, des bombes confectionnées avec de vieilles boîtes de conserves: la garnison se tira d'affaire seule et repoussa cette agression.

Depuis lors, le calme règne à Nekhila. Le général Alix y demeure avec sa colonne, recueillant des renseignements sur les dispositions des tribus dont il surveille l'attitude, prêt à s'élancer vers M'Soun dès qu'il aura la certitude qu'il peut, dans de bonnes conditions, faire ce nouveau bond en avant.

a l'assaut de l'atlas marocain