Nous avons dû indiquer expressément, sous chaque photographie, que la reproduction en est interdite.

Ces clichés sont, en effet, le patrimoine d'une expédition qui fut coûteuse, l'héritage laissé à des veuves, à des orphelins, par les explorateurs qui ont succombé à leur tâche héroïque.

Et les éditeurs anglais Smith et Elder, ainsi que le Daily Mirror qui avait acquis les premiers droits de reproduction et les a cédés pour la France à l'Illustration, ont le devoir de sauvegarder des intérêts sacrés.

COURRIER DE PARIS

SUR LES REMPARTS.

Un soir de la semaine passée, à l'heure immense et douce où la mer est tranquille, sous le Niagara d'or d'un coucher de soleil tombant dans le ciel pluvieux et l'inondant pour le sécher, ce jour-là même, à ce moment fixé par mon petit destin, j'ai découvert la ville et la baie de Saint-Malo.

Sans doute je connaissais bien ces lieux dont les noms m'avaient, depuis des années, battu comme des vagues, mais je ne les savais que pour y être allé par les longs et trop courts chemins des tableaux, des lectures et des paroles entendues. Mes yeux, mes propres yeux si entraînés et si dévoués, qui ne serviront jamais qu'à moi, mes yeux qu'on fermera quand je ne verrai plus, mes yeux en qui j'ai confiance, à qui je dois tant, jusque-là pris ailleurs, n'avaient pu faire le voyage et venir s'assurer par eux-mêmes de la belle réalité.

A présent ils la touchaient. Ils la prenaient, somme avec la main pour la conduire et la transmettre aux chambres de la pensée qui, sans eux, seraient éternellement noires, et qui, par eux, deviennent à chaque seconde une grotte d'azur...

J'ai donc vu, pour la première fois, ce décor historique et fameux qui, loin de me surprendre, m'a satisfait et comblé en ne m'apportant d'abord aucune déception. Que faut-il demander de plus à une joie inéprouvée, si souvent décrite par avance, et promise, garantie sur un ton de telle ivresse admirative que l'on n'a plus qu'une crainte, celle d'être, en la savourant, au-dessous du trouble nécessaire et de la béatitude réclamée? N'est-ce pas déjà une rare aubaine quand il vous est échu d'approcher un personnage célèbre dont les traits par l'image vous étaient depuis longtemps familiers, et dont l'esprit, le caractère, les habitudes, tout enfin vous avait été mis à nu, que de le rencontrer à la hauteur du signalement avantageux qui vous en avait été fourni?

... Ainsi je retrouvais le noble paysage de Saint-Malo, rude et apaisé, tout pareil à celui que j'avais visité de loin, et récemment quitté au cours d'une page ou d'un souvenir. Je le constatais avec une calme sérénité, voilà tout. Il n'était pour moi que la «copie conforme» de ma ville «imaginée», du décor planté par mon rêve avec exactitude...