Voilà ce que dit M. Emile Nolly. M. Ernest Psichari va peut-être plus avant encore. Le cas particulier de ce jeune romancier militaire dont le manuscrit est daté de Mauritanie--décembre 1909, novembre 1912--est tout à fait intéressant. M. Ernest Psichari, qui, avant de s'engager dans notre armée coloniale, poursuivit et acheva en Sorbonne de fortes études philosophiques, appartient à cette génération neuve d'intellectuels dont une retentissante enquête de notre confrère l'Opinion nous révéla non point l'existence mais, déjà, l'importance dans l'État. Ces forces jeunes, dégagées des sensibilités déprimantes, libérées du poison de la critique, se sont élancées dans la vie avec un furieux appétit d'idéal. Et par dégoût de cette rhétorique mortelle qui a tout détruit autour d'elle, qui a comme vidé le monde de sa lumière, ces nouveaux venus ont proclamé la nécessité du retour à l'action, l'action brutale, primitive, qui nous rendra l'élan nécessaire pour remonter aux étoiles.

«Beaucoup de Français, constate M. Ernest Psichari, ont ressenti l'ennui de vivre dans un monde trop vieux. «Où trouver, se disaient-ils, une raison d'être? Où trouver une règle, une loi? Où trouver, dans le désordre de la cité, un temple encore debout?» Ils cherchaient, en tâtonnant, une grande pensée. Avec plus de foi, ils seraient entrés au cloître. Mais aujourd'hui les cloîtres servent de musées.»

Reste l'armée, seule traditionnelle, l'armée de métier, l'armée de l'éblouissante Afrique, où l'on apprend la haine du faux, du truqué, de tout «l'écoeurant bavardage des commis-voyageurs de la pensée humaine», et où l'on se sent l'âme plus solennelle en partageant l'extase des Maures devant le ciel. «Traverse la vie en barbare plutôt que de finir en byzantin!», dira ou à peu près le capitaine Nangès à son élève, le soldat Maurice Vincent, un converti de la veille, entraîné dans les sables brûlants de la Mauritanie. Et le jeune homme, ardent à revivre selon les lois de sa race, écrira à sa fiancée: «Il y a des moments où je voudrais mourir sur un champ de bataille tant je suis heureux de vivre.» Il a cessé de jouer Tristan et Yseult. Il marche désormais avec Parsifal.

Telles sont les idées exprimées. Nous ne nous arrêterons point sur le roman lui-même qui tient compte, avec une très juste observation, des réalités de la vie, des défaillances d'âmes, des communes misères humaines. Et il y a aussi des décors, adroitement brossés en exactes couleurs, dans le livre de M. Ernest Psichari et dans celui de M. Emile Nolly, car ces «barbares». pour le fond, sont, pour la forme, des artistes.

Quant à M. Léo Byram dont la sensibilité se fait plus immédiate, plus attentive, plus humaine, il nous fait aimer jusqu'en leurs défauts, jusqu'en leurs erreurs dessinées finement par leur sage ami chinois, Fou Than, ces humbles coloniaux détachés en Asie, dont la vie rude «est si peu favorisée du destin qu'ils estiment une grâce insigne d'échapper à la fièvre ou à la mort».

Ils grognent parfois--par tradition encore--mais ils continuent, d'instinct, à faire figure de héros. Ils sont notre armée de métier, celle qui nous a donné notre Asie et notre Afrique,--car ce ne sont point les milices qui conquièrent ni qui défendent les empires.
Albébic Cahuet.

Voir, dans la Petite Illustration, le compte rendu de Romieu et Courchamps, par M. Alfred Marquiset, et des autres livres nouveaux.

Les Eclaireurs de France, groupés par sections sur la
place de l'Hôtel-de-Ville, avant leur réception par le Conseil municipal.

LES ECLAIREURS A L'HOTEL DE VILLE