Cet été s'annonce comme favorable aux «reprises» théâtrales. Le Poulailler, comédie en trois actes de M. Tristan Bernard, affronta les feux de la rampe pour la première fois, le 3 décembre 1908 au théâtre Michel, et la critique ne lui ménagea pas ses éloges. L'Illustration Théâtrale la publia le 16 janvier suivant et ce numéro est, depuis longtemps épuisé. Mais le succès de l'oeuvre ne l'est pas. L'expérience vient d'en être faite avec bonheur à la Comédie des Champs-Elysées. Cette pièce, de bonne humeur spirituelle, facétieuse et philosophique tout à la fois, n'a pas moins plu aujourd'hui qu'au jour de sa création. Il est donc permis de prophétiser à nouveau une longue carrière au Poulailler.

Au théâtre de l'Ambigu-Comique, reprise, avec un succès qui ne saurait surprendre, de la noble pièce tirée par M. Edmond Haraucourt du roman alsacien de M. René Bazin: les Oberlé. Et, de nouveau, et à quelle heure opportune--tandis qu'au Reichstag se discutent les lois d'exception contre l'Alsace-Lorraine--le public s'est ému au spectacle, si fortement évoqué, de cette lutte qui continue en terre d'Alsace, entre deux rares, deux civilisations, l'une conquérante, avide, impatiente, l'autre conquise mais point domptée et rebelle, avec intransigeance, à l'absorption totale.

Au théâtre Antoine, M. Lugné-Poe a porté la légende dramatique de M. Édouard Dujardin: Marthe et Marie. du répertoire de l'Oeuvre. Cette pièce relève du genre symboliste dont son auteur fut l'un des premiers adeptes. Mais le symbole, qui, jadis, demeurait hermétique, s'y est fait plus compréhensible. Néanmoins, les personnages n'atteignent pas encore à cette vérité humaine de gestes et d'accents qui émeut pleinement un auditoire. Marthe et Marie sont deux soeurs; l'une est simple et raisonnable, l'autre chimérique et romanesque. Elles font tour à tour la joie et le désespoir d'un homme. L'action se déroule au temps des Médicis dans un cadre pittoresque. Cette aventure morale--car elle démontre que le bonheur est dans la vie ordonnée et non dans le rêve impossible--a pour interprètes les bons artistes de l'Oeuvre.

La Jeunesse dorée! Voici une opérette qui n'arrive pas de l'étranger. Elle est spirituelle, alerte, frondeuse. A ces qualités, on la reconnaîtra bien française... et parisienne aussi. Elle évoque les dandies de 1830 et les rats d'opéra du temps où le docteur Véron présidait aux destinées de l'Académie de musique rue Le Peletier. C'est une histoire d'amour et de coulisses sans sous-entendus grossiers. Le texte de MM. Verne et Faure est correct. La musique de M. Marcel Lattes, gracieuse, comique ou tendre, est agréable. Ce spectacle, fort bien mis en scène et soutenu par une interprétation de choix, est le succès actuel du théâtre de l'Apollo.

Le Gymnase abrite en ce moment la compagnie d'artistes du Théâtre National polonais de Léopol qui, sous la direction de M. Louis Heller, vient donner à Paris une série de neuf représentations de pièces polonaises. Le premier de ces spectacles, le Cercle enchanté, de M. Lucien Rydel, est un conte dramatique pathétique et vivant, d'un intense coloris et d'une réelle puissance d'expression, dont le public parisien a paru goûter le charme exotique.

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Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés
en titre ne nous ont pas été fournis