Très satisfait des résultats obtenus, le général Franchet d'Esperey tenait à venir féliciter en personne le colonel Henrys, et aussi à visiter les deux nouveaux postes établis à Ifrane et à Dar Caïd Ito.

Le 13 mai, accompagné du général Dalbiez, commandant de la région de Meknès, le commandant en chef du Maroc occidental arrivait à la kasba El Hajeb, un de nos plus anciens postes en pays berbère, et le centre du cercle des Beni M'Tir, récemment créé et confié précisément au colonel Henrys. L'après-midi, il passait en revue la petite garnison de Dar Caïd Ito. Le lendemain, il se portait avec la colonne sur Ifrane, en passant par le nord de la forêt de Jaba. Il eut la fortune d'être témoin, au cours de cette marche qui devait n'être qu'une promenade d'inspection, d'une attaque vigoureuse des Beni M'Guild. Ce fut une affaire assez chaude, où, malheureusement, un des bons collaborateurs du colonel Henrys, le commandant Bernier, du 1er tirailleurs, tomba mortellement blessé, au moment où, à la tête de son bataillon, il conduisait une charge à la baïonnette qui allait être décisive et repousser l'ennemi.

Les Marocains laissèrent sur le terrain de nombreux cadavres. Le chef lui-même qui les conduisait était blessé, et son prestige semblait en être considérablement entamé.

A six jours de là, le 20 mai, l'ennemi dessinait une nouvelle offensive. Mais il donnait des signes visibles de lassitude et ne montra pas le «cran» qui caractérise d'ordinaire ses attaques et qui étonne toujours les plus allants de nos soldats eux-mêmes.

La colonne continue ses opérations, et il est certain que nous aurons à rendre compte de plus d'un combat encore, avant 4e pouvoir enregistrer la paix définitive.

Ce que nous tenons à souligner, c'est l'extrême rigueur de cette campagne, dans un pays âpre, difficile, dépourvu même de pistes, hérissé en tous sens, par une température inclémente, pluvieuse, froide, même en cette saison avancée.

Au premier coup d'oeil qu'on jette sur la carte que nous donnons et où sont reportés tous les itinéraires suivis par la colonne Henrys depuis sa mise en route, à la mi-mars, jusqu'à la fin de mai, on est frappé de la prodigieuse activité que dénotent ces marches et contremarches, et de l'endurance qu'il a fallu aux troupes, à chaque instant accrochées, bataillant à chaque pas, pour parcourir et battre aussi en tous sens un terrain en lui-même si pénible.

Les opérations, marches et contremarches, de la colonne Henrys.