... «Il y a des souvenirs d'amour qu'on n'évoque pas avec des mots; c'est comme des paysages de bonheur que l'on revoit dans le silence de soi-même, des paysages attendrissants avec de grandes lignes calmes; un air que l'on entend, un parfum que l'on respire, et voilà que vous revivez avec leur intensité les heures de jadis et que vous retrouvez l'âme que vous aviez à cette heure-là; c'est donc qu'elles valaient la peine d'être vécues.»
En amour, l'homme et la femme sont dissemblables, et par le coeur et par la tête. L'amour chez la femme, plus violemment passionnée, plus exclusive, plus personnelle, a particulièrement retenu l'attention, si souvent émue, de l'auteur d'Amants, qui nous parla le mieux de l'amour moderne. Il nous dit:
... «Dans le coeur de l'homme, chacune de ses maîtresses a sa pierre, son inscription et sa petite croix. Tandis que les femmes, lorsqu'elles aiment un homme, tout disparaît; leur vie commence à partir du jour où elles l'ont connu... et, quant au reste, il n'y a pas d'inscription ni de croix dans leur coeur. C'est l'oubli absolu, et, pour certaines, la fosse commune.»
... «Le flirt est la leçon d'escrime que prend une femme avec des fleurets mouchetés avant d'aller sur le terrain avec des épées véritables.»
... «Il y a une règle commune qui veut que, lorsqu'une femme se croit moins aimée, elle se rende encore moins aimable.»
Rien n'est plus vrai... Mais, nous le savons aussi, pour avoir fait la plus large part à l'observation moderne de l'amour, le théâtre de Maurice Donnay ne lui est pas exclusivement consacré. L'auteur de la Patronne, du Retour de Jérusalem, de Paraître, s'est surtout passionné, dans les oeuvres de ces dix dernières années, à l'étude des problèmes sociaux. D'où, dans le précieux petit recueil de M. Oudart, de riches glanes sur notre époque, sur la souffrance, sur la mort. Nous ne pouvons citer tout le livre, nous donnerons seulement, pour terminer, ces quelques lignes, jolies et graves, sur la patrie:
... «La patrie, c'est des victoires glorieuses, des défaites héroïques, de beaux exemples de sacrifices et de vertus... c'est des cathédrales, des palais, des tombeaux... c'est des paysages que l'on a vus tout enfant et d'autres qui, plus tard, ont encadré des heures de joie ou de tristesse... c'est des choses intimes, des souvenirs, des traditions, des coutumes... c'est un langage qui nous paraît le plus doux, c'est une vieille chanson, un vieux proverbe plein de bon sens... c'est une rose qui s'appelle la France, c'est une assiette peinte, que sais-je?
«Mais oui, la patrie, c'est tout ça... et bien d'autres choses encore.»
Voilà. Et cette définition chaude et vibrante, cette définition d'élan et d'instinct, peut suffire à la fois à notre tête et à notre coeur.
A. C.
Voir dans La Petite Illustration le compte rendu des oeuvres des poètes.