A la suite de tous ces événements, le gouvernement espagnol a rappelé tous les hommes en congé et envoyé l'escadre entière au Maroc. Les milieux diplomatiques examinent aussi l'éventualité d'une intervention franco-espagnole à Tanger si la ville était menacée, et peut-être d'une action militaire des deux pays combinée dans les régions limitrophes des deux zones devant cette nouvelle explosion de fanatisme belliqueux.

PENDAISONS A CONSTANTINOPLE

On sent dans les événements qui se succèdent à Constantinople depuis le meurtre du grand vizir la marque d'un gouvernement énergique. Arrestation, jugement, exécution, le châtiment a suivi le crime de façon soudaine. La mort de Mahmoud Chefket n'aura rien changé à la situation intérieure de la Turquie et plutôt consolidé qu'affaibli le cabinet.

Jeudi 19 a commencé le procès des assassins devant la cour martiale. Le nombre des accusés s'élevait à 38, dont 24 présents, les autres en fuite. Ils ont fait des aveux complets.

Capitaine Kiazim effendi. Muhib bey.

Lieut. de vaisseau Chefki. Lieut. de caval. Mehmed Ali. Zià bey. Topal Tewfik. Djevad.
LES AUTEURS OU COMPLICES DU MEURTRE DU GRAND VIZIR MAHMOUD CHEFKET.--Sept des douze condamnés qui ont été pendus le 24 juin, sur la place Bagadiz à Constantinople (photographiés après leur arrestation).

Le 23, douze des accusés étaient condamnés à mort: le capitaine Kiazim, l'un des principaux instigateurs du complot; Muhib bey, qui avait organisé un service de renseignements pour venir en aide aux conspirateurs; Zià bey, comparse; Chefki bey, lieutenant rayé des cadres; le lieutenant Mehmed Ali, précédemment mis en disponibilité; Topai Tewfik, qui déchargea son revolver jusqu'à la dernière cartouche sur Mahmoud Chefket, le Circassien Djevad, puis le Damad Salih pacha, gendre d'Abdul Hamid; le colonel d'état-major Fouad bey, et, par contumace, le prince Sabaheddine, déjà condamné à mort par Abdul Hamid, le général Chérif pacha, Rechid bey, Nazim bey. Le sultan n'a fait aucune grâce. Le 24, à 3 heures du matin, après la lecture de la sentence et les prières des imams, douze des condamnés ont été pendus. Ils sont morts bravement, suppliant les assistants de les venger et de délivrer leur patrie, maudissant les tyrans et les juges qui les avaient condamnés.