C'est une femme d'élite, au grand coeur, à l'âme élevée, un être tout de bonté et de noblesse, qui vient de disparaître: Mme Lucie Félix-Faure-Goyau s'est éteinte prématurément, dimanche dernier, à Paris, après une courte maladie. Elle était à un âge où l'on pouvait prévoir qu'elle donnerait longtemps encore des preuves de son activité généreuse. Elle avait quarante-sept ans.

Mme Lucie Félix-Faure-Goyau.
--Phot. Chéri-Rousseau.

A l'Elysée, la fille du président Félix Faure avait fait apprécier à tous ceux qui l'approchaient le charme de son esprit sérieux, extrêmement orné, sa distinction, sa culture. Dès cette époque, elle se consacra aux oeuvres de charité, qui devaient absorber la plus grande partie de ses efforts: la Ligue fraternelle des Enfants de France fut fondée sous ses auspices, et bien d'autres associations, comme l'Union mutualiste des Françaises et l'Union pour le développement des Associations professionnelles de femmes, lui durent un précieux appui.

Son goût pour les lettres, les arts, la connaissance qu'elle avait de toutes les questions religieuses et sociales, la portèrent, après la mort de son père, à faire oeuvre d'écrivain. Ses remarquables études sur le cardinal Newmann, sur Sainte Catherine de Sienne, sur les Femmes dans la Divine Comédie, sur les soeurs de Pascal, témoignent de la sûreté de son jugement, de la singulière vigueur de son intelligence.

En 1903, elle avait épousé M. Georges Goyau, qu'une rare communauté de croyances et de travaux unissait à elle. Cette femme d'une grande piété, qui savait allier le goût du recueillement et de la méditation aux nécessités mondaines, laisse l'exemple d'une vie harmonieuse, vouée tout entière au bien.

LES THÉÂTRES

L'idée était originale de montrer, dans le royaume des ombres, deux amants descendus les premiers, à l'heure où le mari les rejoint pour trouver aux enfers le prestige qui lui fit défaut sur terre. Tel est le sujet du petit acte en vers de M. Maurice Allou, intitulé les Ombres, représenté à la Comédie-Française par la gracieuse Mlle Leconte et MM. Croué, Deheily et Reynal.

Le Million, l'amusante comédie-vaudeville de MM. Georges Berr et Marcel Guillemaud, que le Palais-Royal vient de reprendre, retrouve tout le succès qui l'accueillit lors de sa création. Cette histoire bouffonne d'un billet de loterie oublié dans la poche d'un vêtement à la poursuite duquel les personnages les plus extraordinaires se précipitent, ne peut pas se raconter. Il faut aller en suivre les péripéties divertissantes au Palais-Royal où une distribution très brillante ajoute encore au comique irrésistible de la pièce.

Le théâtre du Grand-Guignol a renouvelé une fois de plus son affiche avant les ardeurs de l'été. Le nouveau spectacle offre cette variété de sujets que comportent les programmes de la maison. L'Affaire Zézette, de MM. Vély et Mirai, histoire d'huissier et de demi-mondaine, est une pièce pour rire, tandis que Dans la Pouchkinskaïa, de M. Gaston-Ch. Richard, est un drame russe à faire pleurer; autant que les acteurs, la poudre y parle. La Buvette, de M. Montrel, est celle de la Chambre des députés; on s'y désaltère avec agrément en revenant des Terres chaudes, de M. Lenormand, où blancs et noir» se comportent selon les lois de l'injustice; dans ce milieu de perversion morale, les bons pâtissent et les méchants triomphent. La Petite Dame en blanc, de M. Paul Giafféri, montre de l'humour, et la Réussite, amusante pièce de M. Max Maurey, représentée naguère, continue à réussir.