Bacilles typhiques normaux considérablement grossis.
Bacilles tués par le contact avec du sang de vacciné.
Les études poursuivies en France démontrèrent bientôt que la vaccination antityphique avec microbes stérilisés par chauffage confère l'immunité aux animaux pour une dose de bacilles typhiques qui tue les animaux témoins. On n'en pouvait conclure, avec certitude, que pareille immunité serait conférée à l'homme; la chose, toutefois, semblait très probable. On avait traité des cobayes, des lapins, des chevaux; or, l'expérience a appris qu'un vaccin agissant sur des mammifères d'un ordre élevé se comporte presque toujours de façon analogue sur l'homme.
Mais les expériences de Chantemesse et Widal soulevèrent d'assez vives polémiques; le monde médical les accueillit avec réserve.
On objectait avec insistance que les symptômes et les lésions de la fièvre typhoïde ne sont pas les mêmes chez l'animal et chez l'homme; qu'il serait imprudent, par conséquent, d'inoculer à l'homme un vaccin éprouvé seulement sur des animaux. Le docteur Chantemesse répondait que la dissimilitude des lésions importe peu, la fièvre typhoïde étant un empoisonnement du sang qui se manifeste de façon semblable chez l'homme et chez l'animal. Néanmoins, devant l'opposition qu'il sentait autour de lui, le savant professeur n'osa pas expérimenter sur l'homme.
Ce sont deux Allemands, Pfeiffer et Kollé, qui, s'inspirant de la méthode française, prirent les premiers une initiative jugée alors fort audacieuse. En 1896, ils injectèrent à un garçon de laboratoire du vaccin stérilisé par chauffage. Le garçon n'éprouva aucune gêne, ce qui était un point important acquis; mais on ne fit aucune expérience subséquente pour constater s'il était immunisé.
La même année, le professeur anglais Wright se préoccupait d'abaisser la température de stérilisation. Bientôt, la guerre du Transvaal étant survenue, il inaugurait la vaccination antityphique dans l'armée anglaise. Les résultats furent assez satisfaisants: alors que pour 1.000 hommes non vaccinés on comptait 141 cas et 31 décès, la proportion fut réduite à 20 cas et 4 décès pour les soldats vaccinés.
Vers la même époque, en 1899, le docteur Chantemesse vaccinait les élèves de son service d'hôpital. Peu à peu, les vaccinations devinrent plus nombreuses, mais c'est seulement depuis deux ou trois ans qu'elles commencent à entrer dans la pratique courante, en France et à l'étranger.
Au cours de leurs travaux, les différents chercheurs ont abaissé progressivement la température de stérilisation, en vue d'atténuer aussi peu que possible les propriétés du vaccin.
Au début, le professeur Chantemesse chauffait ses microbes à 120° pendant dix minutes; plus tard (1892) il s'arrête à 100°. Après lui, Wright (1896) chauffe à 75°, puis à 60°. Aujourd'hui, le docteur Chantemesse chauffe pendant une heure à 56°; c'est à son avis la température limite à laquelle on est certain de tuer le bacille.