Au petit nombre «relatif» de microbes injectés et à l'absence d'antiseptique, le docteur Vincent attribue le fait que ses vaccinés n'éprouvent aucune réaction pénible, alors que la douleur consécutive à l'emploi du vaccin chauffé fit un instant abandonner la vaccination dans l'armée japonaise.

L'impartialité me fait un devoir d'ajouter que les vaccinés du docteur Chantemesse, que j'ai eu l'occasion d'interroger à l'Hôtel-Dieu, affirment eux-mêmes n'avoir ressenti aucun malaise au cours du traitement. D'ailleurs, même en admettant que le vaccin japonais chauffé fût rigoureusement identique au vaccin chauffé français, les différences de climat, de race, voire de manipulations, ne permettent peut-être point de considérer comme scientifiquement comparables les résultats obtenus à Tokio et ceux obtenus à Paris.

LES RÉSULTATS

Voyons maintenant les résultats, en nous tenant aux constatations officielles.

Pendant l'été 1911, le ministre de la Guerre chargea une mission d'aller appliquer la vaccination antityphique sur les troupes occupant les confins algéro-marocains. Chez les non vaccinés, la morbidité fut de 115 et la mortalité de 8 p. 1.000; aucun cas ne fut relevé parmi les hommes inoculés avec le vaccin du docteur Vincent. Le vaccin du professeur Chantemesse, inoculé à 44 militaires, donna aussi des résultats très satisfaisants.

Devant une expérience aussi concluante, l'emploi du vaccin Vincent fut pratiqué sur une vaste échelle. A la fin de 1912, le nombre des soldats vaccinés atteignait 10.000 en Algérie-Tunisie, et 37.000 en France. Chez ces 47.000 hommes, il ne s'est produit aucun décès; ou a seulement relevé, en Algérie, un cas de maladie qui fut attribué à l'emploi de vaccin trop vieux. Or, la moyenne des cinq dernières années accuse 11,23 cas pour 1.000 hommes, avec 1,59 de décès en Algérie-Tunisie, et 3,67 cas avec 0,47 décès en France.

En septembre 1912, une épidémie très violente éclata dans la garnison d'Avignon, forte de 2.053 hommes. Sur 1.366 hommes vaccinés--dont 841 pendant l'épidémie--il n'y eut aucun cas de Typhoïde. Sur les 687 hommes non vaccinés, on releva 155 cas et 21 décès.

A Paimpol, 400 civils vaccinés échappent au fléau, alors que le reste de la population présente 150 cas et 11 décès...

Un cas de fièvre typhoïde guérie par des inoculations
de vaccin.--Diagramme du professeur Chantemesse.