Enfin, les agrégés, les docteurs ès élégances auxquels allaient être confiées les chaires de cette université du bon ton, furent non moins soigneusement choisis: on déploya un raffinement de coquetterie à mêler à des écrivains aux précieux talents les amuseurs mondains les plus dûment brevetés. Des proses futiles comme des bavardages de boudoirs ou serties d'idées savoureuses qui y chatoient pareilles à des fils d'or fin dans une trame de soie pure, sont signées tour à tour Marcel Boulenger et Gabriel Mourey, André de Pouquières et Jean-Louis Vaudoyer. M. Henri de Régnier a donné à la Gazette un conte exquis, et ce sage et souriant Henri Bidou, le successeur, au grave rez-de-chaussée des Débats, du poète des Médailles d'argile, n'a pas dédaigné de préfacer, de présenter au public la jeune revue, d'en révéler les ambitions et d'en exposer la doctrine.
«On voudrait, écrivait-il, recueillir dans ces pages cette grâce du temps présent éparse au Bois, à la comédie, aux courses, aux thés, à un dîner, à une fête, et la prenant toute vive à l'esprit même de ceux qui la créent, en conserver ici la fraîcheur.»
Aimable programme, et digne qu'on y applaudisse. Mais comment le réaliser? D'une part, en recueillant «les idées de toilettes inventées par des artistes», en leur demandant des «inventions de parures»; de l'autre, en les chargeant de reproduire, en des planches soigneusement exécutées, «les toilettes inventées au contraire par les couturiers et réalisées par eux», en d'autres termes en leur confiant le soin de faire «les portraits de ces toilettes». Pour dire vrai, je n'ai dans la première formule qu'une demi-confiance. Si certains chapeaux imaginés--sans grand effort apparent--par Paul Méras, J. Gosé, Louis Strimpl, Georges Lepape sont amusants, les quelques toilettes sorties toutes parées du cerveau de dessinateurs même en vogue, sans la collaboration de l'homme de métier, je veux dire du couturier, m'apparaissent très inférieures en harmonie aux autres, conçues par les couturiers seuls. Les artistes du pinceau et du crayon me semblent manifester pour les réalités un trop superbe dédain; le procédé d'exécution leur doit paraître assez contingent,--quand tout, au contraire, dépend de lui. D'abord ils rêvent, puis griffonnent. Le Gilles, «grand manteau pour l'hiver», de M. Georges Lepape, de qui le talent est ici hors de conteste, n'est qu'une pittoresque fantaisie, et quant aux projets de M. Bakst, rien de plus laborieux, de plus saugrenu, de plus barbare, de moins français surtout. On brûle de lui crier, transposant Molière: «Watteau, avec deux traits, en dirait plus que vous.»
La silhouette nouvelle, croquis de Sacchetti.
Projets de chapeaux par J. Gosé et P. Méras Projets de chapeaux par Louis Strimpl.
LES TROIS ROBES NEUVES Dessin de Georges Lepage