Le soir, troisième dîner de gala: au Foreign Office, où M. Poincaré était l'hôte du ministre des Affaires étrangères, sir Edward Grey, qui avait, à cette occasion, sorti de ses écrins un service fameux en or massif, d'une valeur d'un million un quart.
La dernière poignée de main présidentielle sur le sol
britannique: le maire de Douvres salue M. Poincaré revenant de Londres.
Phot. Chusseau-Flaviens.
Un bal à la cour clôtura ces fêtes. Quoique l'heure fût tardive, une foule immense était venue saluer le président au passage, comme il se rendait du Foreign Office au palais de Buckingham.
Le 'président ne prit pas part aux danses. Assis sous un dais, où trois fauteuils avaient été disposés, pour le roi, pour la reine et pour lui, il vit les souverains ouvrir le bal et danser le premier quadrille composé de vingt-deux couples.
En se retirant, un peu après minuit, le président de la République prenait officiellement congé de ses hôtes royaux. Mais le roi, par une attention infiniment délicate, tenait, le lendemain matin, à aller, avec le prince de Galles, le saluer à la gare de Victoria, où il s'embarquait à 10 heures. De joyeux hourras fêtèrent et le souverain et son hôte prêt à le quitter.
Cette dernière ovation, ajoutée à tant d'autres, était bien faite pour laisser à M. Raymond Poincaré un émouvant souvenir. Les adieux du roi, du prince et du président furent plus cordiaux encore, de façon évidente, que ne l'avaient été les souhaits de bienvenue, les poignées de main plus affectueuses, plus longues même qu'à l'arrivée. Il est certain que le président a conquis dans les coeurs anglais les plus durables sympathies, non seulement à la cour, et dans les milieux gouvernementaux où l'on a pu apprécier ses éminentes qualités, mais parmi ceux qui l'ont vu dans les diverses cérémonies officielles, qui l'ont entendu exprimer, au nom de la France, notre sentiment national et qui ont été profondément impressionnés par son éloquence sobre, élégante et substantielle. Quand, au Guildhall, où il prenait plus directement contact avec la grande cité, représentée par son élite, sa voix claire monta vers les voûtes de chêne, égayées des étendards des antiques corporations, ce fut, parmi la foule un émerveillement. Même les auditeurs auxquels notre langue demeurait mystérieuse semblaient subir le charme de cette parole nette, de cette impeccable diction.
Retrouvant, à Calais, la terre de France, le président de la République exprimait en ces ternies l'impression que lui laissait ce mémorable voyage:
«Où sont les rivalités et les luttes d'autrefois? Les deux peuples dont les dissentiments ont si longtemps influé sur notre destinée sont maintenant unis dans une même pensée de concorde et de paix. L'accueil qui vient d'être fait par la ville de Londres au représentant de la France est une nouvelle manifestation de leur amitié; et puisque c'est à Calais que j'ai, pour la première fois, l'occasion de prendre la parole à mon retour, vous me permettrez d'envoyer d'ici à la noble nation britannique, avec l'expression profondément émue de ma gratitude, le salut cordial de la République française.»