Au mois de septembre, les auto-cars excursionneront dans le pays basque et emmèneront les touristes jusqu'à Pampelune.
Si, comme on l'espère, l'exploitation de ces nouveaux services donne de bons résultats, on les multipliera dès l'année prochaine.
D'autre part, la Compagnie du Midi a résolu d'électrifier son réseau pyrénéen et elle vient de construire à Soulom, près de Pierrefitte-Nestalas, une usine hydro-électrique alimentée par les gaves de Gavarnie et de Cauterets, qui fournira une partie du courant nécessaire. A la fin de ce mois, la traction électrique sera réalisée entre Perpignan et Villefranche. De cette curieuse petite ville fortifiée partira la ligne de Vernet-les-Bains, qu'il est question de prolonger jusque vers le sommet du Canigou. A travers les aulnes, les magnolias, les châtaigniers, on arriverait ainsi devant l'admirable abbaye de Saint-Martin-du-Canigou, monastère-château fort du onzième siècle, campé à 1.065 mètres d'altitude, et dont les moines aménagèrent, les premiers, les bains du Vernet.
«Il serait difficile, écrit J. d'Elne, d'imaginer un site plus pittoresque. L'abbaye, placée comme sur une étagère, au pied d'un immense rocher qui la domine, surplombe elle-même à pic et à une très grande hauteur la vallée de la Ridourte. Autour d'elle, les contreforts du Canigou décrivent un cercle étroit et l'enferment dans d'infranchissables remparts. Une végétation luxuriante a poussé dans ce chaos; des chênes, des châtaigniers, des bouleaux, des hêtres croissent dans les anfractuosités et abritent sous leurs ombrages une flore vigoureuse, remarquable par la richesse de ses formes et de ses coloris.
» La physionomie de l'abbaye s'harmonise merveilleusement avec le cadre qui l'entoure. Son architecture est simple, rustique même. L'église, orientée vers le levant, semble posée en l'air sur la saillie d'un roc: on n'y peut accéder que par des escaliers.
» L'église abbatiale est, avec sa crypte, un type très curieux, et peut-être unique, du style roman-byzantin. Elle date de la dernière moitié du dixième siècle, et fut consacrée en 1009.
» A la Révolution, l'abbaye tomba dans le domaine national. Peu à peu les voûtes s'effondrèrent, les murs s'écroulèrent, et, en 1835, elle n'était plus qu'un amas de ruines.
» Mgr de Carsalade du Pont, évêque de Perpignan, a racheté ces ruines en 1902; peu à peu il a restauré l'antique abbaye qui, aujourd'hui complètement reconstituée, ouvre ses portes hospitalières à la foule des visiteurs.»
Et, chaque saison, malgré son grand âge, l'exquis prélat quitte la crosse épiscopale pour l'alpenstock, et vient, avec une bonne grâce inexprimable, faire aux touristes les honneurs de sa montagne, d'où il contemple en souriant cette région privilégiée qu'il a lui-même appelée le Paradis des Pyrénées.
Rappelons, en terminant, que deux chemins de fer transpyrénéens sont en cours d'exécution: l'un, d'Ax-les-Thermes à Bourg-Madame, constituera la ligne de plus courte distance entre Toulouse et Barcelone; l'autre, d'Oloron au Somport, permettra d'aller directement de Paris à Madrid par Pau.