Il est puéril, en effet, de soutenir que la légion constitue une prime à la désertion. Les déserteurs réfugiés en France ont quitté bien souvent un pays moins exigeant quant au service militaire. Les engagements à la légion sont souscrits pour une durée de cinq années, et le service militaire obligatoire d'aucune nation n'astreint les jeunes gens à une présence aussi prolongée sous les drapeaux. Et, si les légionnaires sont traités de même manière que les Français, ils ne touchent aucune prime d'engagement. Il serait donc difficile de pousser plus loin la correction. On peut même se demander s'il n'y a point quelque excès dans ce scrupule, car il serait tout à fait juste qu'on assimilât, quant à la prime, les légionnaires aux soldats de notre infanterie coloniale.
Enfin, comme l'a fait justement remarquer M. L. Rolland, dans la Revue algérienne et tunisienne de législation et jurisprudence, «les déserteurs ne seraient sans doute ni plus ni moins nombreux si la légion n'existait pas. Il y aurait simplement un peu plus de vagabonds et de gens sans aveu.»
Relevons aussi, dans le livre de M. Poimiro, des chiffres intéressants sur la composition ethnique de nos régiments étrangers:
Au 1er janvier 1913, le 2e régiment comprenait: 2.169 Français, 985 Allemands, 354 Alsaciens-Lorrains, 39 Belges, 327 Suisses, 255 Italiens, 128 Espagnols, 87 Tunisiens, Algériens, Marocains, 61 Russes, 11 Luxembourgeois, etc., sur un total de 5.133 hommes.
En janvier 1912, sur les 5.300 hommes du 1er régiment étranger, il y avait 50% de Français, 18% d'Allemands, 7% d'Alsaciens-Lorrains, 7% de Belges. 6% de Suisses, 3% d'Italiens.
Ces contingents sont assurés à l'aide d'enrôlements volontaires, dont le nombre oscille chaque année autour de 2.000. En 1907, ils étaient de 1.704; en 1908, de 2.595; en 1909, de 2.397; en 1910, de 2.118. Cela représente une moyenne de 1.200 engagements étrangers par année et nous accordons à peu près 280 naturalisations dans le même laps de temps, ce qui est une très jolie proportion. Ajoutons que, si les candidats à la légion sont toujours aussi nombreux, l'autorité militaire se montre de plus en plus difficile pour les conditions physiques exigées des futurs légionnaires.
La destruction des baleines sur la côte occidentale d'Afrique.
D'après une note de M. Gruvel, communiquée à l'Académie des sciences par M. Edmond Porrier, la pêche des baleines et des grands cétacés prend des proportions considérables, inquiétantes même, sur les côtes de l'Afrique occidentale et, notamment, dans les parages de notre colonie du Gabon.
En 1910, M. Gruvel signalait l'abondance des cétacés dans cette région; les armateurs français ne firent aucun profit de l'information, mais dès 1911, une société norvégienne arrivait à Cap Lopez avec un navire usine de 6.000 tonneaux et deux bateaux chasseurs d'environ 180 tonneaux chacun. En même temps, des Portugais s'installaient à Mossamédès.
La dernière campagne a été si fructueuse que les bénéfices n'ont jamais été inférieurs à 20% du capital engagé; ils ont parfois atteint 100 pour 100, et même 400 pour 100 pour une société.