Une manifestation de haute fraternité latine dans un pays dont les sympathies nous sont âprement disputées par l'influence allemande, ne saurait passer inaperçue de l'attention française. C'est à Braïla, il y a une quinzaine de jours, qu'eut lieu cette manifestation--dont M. Jacques Vuccino, conseiller du Commerce extérieur de la France, nous communique la photographie reproduite ici--à l'occasion du départ des régiments locaux et sur l'invitation que les comités de deux importantes sociétés, l'une française (le Cercle de culture française «Voltaire»), l'autre italienne, avaient fait afficher sur tous les murs. L'affiche, aux couleurs françaises, italiennes et roumaines, portait en épigraphe le célèbre quatrain d'Alexandrie: Ginta latina.

Manifestation de fraternité latine
à Braïla (Roumanie).

Et lorsque, au milieu d'une foule énorme, les régiments se rendirent à la gare de Braïla, les drapeaux français et italiens encadraient en tête du cortège l'étendard roumain de la société «Carpati», tandis qu'un transparent portait cette inscription: «Vive la race latine!» C'est la première fois, croyons-nous, que les circonstances ont permis aux drapeaux des deux grandes nations latines de se trouver l'un à côté de l'autre pour encadrer celui de leur sœur cadette.

LA CARTE DES AMBITIONS BULGARES

Peu à peu, nous arrivent les documents qui trahissent l'étendue des ambitions bulgares en Thrace et en Macédoine et révèlent une préméditation certaine dans l'offensive générale, le 30 juin, des Bulgares contre leurs alliés balkaniques.

Un de ces témoignages est le curieux document dont un de nos correspondants, M. de Jessen, nous adresse un exemplaire et qui vaut bien une reproduction.

Cette carte du «Royaume de Bulgarie»--c'est l'inscription qu'elle porte--imprimée à Sofia, fut d'abord vendue à Cavalla pour quelques sous, puis donnée aux enfants des différentes écoles, enfin distribuée gratuitement un peu partout. Elle donne à la Bulgarie tout ce que les Serbes ont conquis en Vieille-Serbie et en Macédoine, et tout ce que les Grecs ont gagné en Epire. Ses frontières ouest s'étendent au delà de Skoplje (Uskub), jusqu'à Prizrend, Dibra et le lac Okhrida avec Monastir (Bitvolja). Salonique et toute la péninsule chalcidique sont bulgares. Pas de frontière Enos-Midia. Les Turcs demeurent enfermés dans leur ligne de Tchataldja. Quant à l'archipel, si Thasos devient bulgare, aucune des autres îles ne demeure entre les mains hellènes.

Par contre, il faut remarquer avec quelle admirable générosité le cartographe bulgare a tracé les limites de l'Albanie. Le nouvel État ne recevait pas seulement le district de Novibazar, pris dans le butin serbe et monténégrin, mais il s'accroissait également d'un large territoire au nord de la Grèce, de sorte que l'Albanie prenait accès sur la mer Egée... L'Autriche elle-même n'aurait, certes, point osé tant ambitionner pour la principauté naissante.

On imagine combien cette carte était de nature à blesser Grecs, Serbes, Turcs et Roumains qui, par leur quadruple envahissement, viennent de si terriblement réduire les frontières tracées avec quelque insolence sur cet extraordinaire document.