Le terrible «problème de la circulation» à la solution duquel s'applique avec un heureux zèle, depuis son arrivée à la Préfecture de Police, M. Hennion, préoccupe plus que nous encore, s'il est possible, les Américains. La multiplication dans les villes comme New-York, par exemple, des gratte-ciel, des immeubles gigantesques dont certains abritent jusqu'à 10.000 personnes, a accru dans d'effrayantes proportions l'encombrement des rues. Il est temps de remédier à une situation dont souffrent presque également et ceux qui roulent en automobile, et les honnêtes gens qui vont encore à pied; ceux-ci exposés à des dangers croissants, ceux-là empêchés de jouir, comme il leur conviendrait, du temps que pourrait leur faire gagner la rapidité des véhicules dont ils disposent.
Le Scientific American, qui publie dans son dernier numéro la gravure reproduite ici, suggérant ainsi une audacieuse solution du problème, fait très justement observer à quel point il est déraisonnable, absurde, de continuer à faire circuler, sur un même plan, des mobiles, pour parler comme les mathématiciens, de vitesses et d'espèce même si différentes. Est-ce que, demande-t-il fort justement, l'ingénieur, qui doit établir des conduites pour des fluides de natures diverses, fait circuler dans les mêmes tuyaux le gaz d'éclairage, la vapeur du chauffage central et l'eau de la cuisine ou de la salle de bain? Et croit-on que les chemins de fer auraient atteint le degré de perfection où ils sont arrivés si, au lieu de créer des voies spéciales à leur usage, entre de bonnes barrières, on les eût laissés vaguer parmi les camions des villes et les chars à bœufs des campagnes? Donc divisons, classifions la circulation pour la rendre plus facile. La rue proprement dite aux transports rapides, aux tramways, aux automobiles et aux quelques voitures à chevaux qui demeurent encore,--en attendant que les «moteurs animaux» soient tout de bon relégués aux champs. Pour les piétons, des trottoirs spéciaux, en l'air. Les gros transports s'effectueront au sous-sol, au-dessous même des «métros» et des «tubes». Et vraiment cette image compliquée est bien amusante à étudier dans ses détails.
On se complaira aussi à imaginer ce que pourrait donner à Paris un tel système, avec un ou deux étages de trottoirs aériens sur les boulevards, rue de la Paix, rue Royale, et donc un ou deux étages de grands magasins--et quelle vie différente en résulterait, et aussi quel accroissement de valeur pour les immeubles ainsi desservis.
Il est à prévoir que, dans un avenir plus ou moins éloigné, on sera amené, par la force des choses, à l'adopter. Il semblerait, à lire l'article très curieux du Scientific American, qui envisage dès maintenant les conditions dans lesquelles les quartiers centraux de New-York pourraient être ainsi transformés, que les temps soient assez proches,... aux États-Unis.
Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés
en titre ne nous ont pas été fournis.