Dimanche dernier, au son des cloches et du canon, a été signé, à Bucarest, le traité qui met fin à la seconde guerre balkanique. Il faut souhaiter qu'en dépit de certaines rumeurs inquiétantes il marque le commencement d'une ère de paix.
Un moment, on a pu redouter qu'il ne fût le prélude de difficultés nouvelles entre les puissances; l'Autriche et la Russie se proposaient, disait-on, d'en demander à l'Europe la révision. L'Autriche s'inquiétait de l'agrandissement territorial dont va bénéficier la Serbie. La Russie souhaitait que Cavalla revînt à la Bulgarie, qui le considérait comme son débouché naturel à la mer Egée, et qui, l'ayant conquis l'hiver dernier, y tenait comme à l'une de ses plus précieuses acquisitions. Les armes l'en ont chassée, et il apparaît peu vraisemblable que sa puissante protectrice le lui fasse rendre. Le traité de Bucarest attribue Cavalla aux Grecs. Déjà, afin de marquer sa prise de possession de ce joli port, accroupi au bord d'une anse, au pied d'un cirque de collines, le roi Constantin annonce son intention d'en faire le terme du voyage qu'il entreprend à travers la «nouvelle Grèce» et, après avoir visité Demir-Hissar, Serès, Drama et Doxato, de s'y embarquer pour Salonique.
Le sort d'Andrinople, reprise par les Turcs sans coup férir, va donner lieu, peut-être, à de plus âpres contestations. Si le traité de Bucarest est reconnu valable, sinon approuvé par toutes les puissances, va-t-on réviser le traité de Londres, qui reconnaissait à la Bulgarie la possession de la seconde capitale turque qu'elle occupait alors?
Un meeting d'Andrinopolitains des différentes races en
faveur d'Andrinople turque.--Un aéroplane vole sur la ville.
Une fois leurs soldats réinstallés à Andrinople, le premier soin des Ottomans fut de consacrer cérémonieusement cette reconquête. Il y eut, le 29 juillet, en faveur de la domination turque, ce meeting monstre dont nous avons parlé dans notre dernier numéro. Le prince héritier de Turquie, Youssouf Izeddine, fils du sultan, et son frère Djemal Eddine vinrent en grande solennité dans la ville reprise et accompagnés du généralissime Izzet pacha, ministre de la Guerre, de Hurshid pacha, commandant d'armée, et d'Enver bey, passèrent en revue les troupes de la garnison.
Cet acte symbolique va-t-il désarmer les puissances qui ont contresigné l'acte de Londres,--non ratifié, d'ailleurs, par les signataires?
La semaine dernière, mercredi, leurs ambassadeurs communiquaient à la Porte, chacun de son côté, une note identique rappelant «dans les termes les plus catégoriques le gouvernement impérial au respect et au maintien du principe posé par le traité de Londres, notamment de la disposition relative à la ligne Enos-Midia».
Le gouvernement ottoman oppose à ces représentations un non possumus absolu. Il ne peut abandonner Andrinople et la Thrace, où il disposerait de forces supérieures à celles qu'il y entretenait avant la guerre, sans s'exposer à provoquer de graves événements. Et, interviewé par un rédacteur du Daily Telegraph, l'un des ministres lui a déclaré:
«Même, si nous donnions l'ordre d'évacuer Andrinople et la région, cela ne servirait à rien. Non seulement l'armée n'obéirait pas, mais très probablement, dans son exaspération, elle franchirait la frontière bulgare. En outre, nous ne pouvons donner un ordre semblable, car notre conscience se révolterait.»
G. B.