Le prince Ernest-Auguste de Cumberland et sa femme la princesse Victoria-Louise de Prusse, fille de l'empereur d'Allemagne, ont fait, le lundi 3 novembre, leur entrée joyeuse dans la capitale du duché de Brunswick, dont la souveraineté--comme conséquence de la réconciliation des deux maisons de Cumberland et de Hohenzollern--vient d'être rendue aux Cumberland.

Les nouveaux souverains du duché, grand comme un département français et peuplé de 300.000 âmes environ, sont arrivés à midi et demi à la gare de Brunswick. Les fonctionnaires de l'État les attendaient à la gare. Le duc et la duchesse sont entrés dans leur capitale aux acclamations de la foule qui se montra très sensible à la grâce riante de sa jeune souveraine.

Sur la place Friedrich-Wilhelm, le premier bourgmestre, qui était à la tête du corps municipal, a exprimé la joie que la ville de Brunswick éprouvait à pouvoir de nouveau saluer dans ses murs l'ancienne famille ducale. Au château, après la réception par les jeunes princes régnants des députés de leur petit État, on donna lecture du discours du trône où le nouveau duc de Brunswick promit de consacrer tous ses efforts désormais à faire le bonheur des Brunswickois.

La foule sur la place du Marché, à Brunswick, attend
l'arrivée du cortège ducal.

Les conscrits revenant de la mairie
après la remise du drapeau.

PREMIERS CONSCRITS DES COLONIES

Cette année, pour la première fois, les contingents fournis par nos vieilles colonies, Antilles, Guyane, sont venus en France pour y faire leur service militaire, que jusqu'ici ils étaient censés effectuer dans leur pays natal. Ce fut tout un événement, outre-mer, où la vie est, par certains côtés, bien différente de la nôtre, où de meilleure heure, par exemple, les jeunes gens songent à se créer un foyer,--mais un événement considéré, en définitive, par la plupart comme heureux. Et il y eut fort peu de réfractaires, peu de conscrits marrons, comme on dit là-bas, reprenant une vieille locution des temps lointains de l'esclavage: il est telles communes, ainsi celle du Lorrain, à la Martinique, qui se glorifient de n'en avoir pas eu même un seul. Les conseils de revision fonctionnèrent au milieu du calme et, sans à-coups, formèrent la classe.

La population tout entière s'appliqua d'ailleurs à adoucir aux conscrits l'amertume instinctive du départ. C'est ainsi qu'à Fort-de-France (Martinique) un comité se constitua qui recueillit, en quelques jours, une somme rondelette afin d'organiser en leur honneur des fêtes d'adieu. Son premier soin fut d'acquérir un superbe drapeau qui fut remis solennellement aux jeunes recrues, dont les boutonnières s'ornèrent d'insignes et de cocardes, à la mode de France.