UN CÉTACÉ EN BRETAGNE
Il n'est pas rare de voir un cachalot ou quelque baleinoptère échouer sur nos côtes; en général, ces monstres marins sont de taille réduite et nous donnent une idée assez imparfaite de la légendaire baleine.
Le cétacé trouvé ces jours derniers sur la côte de Penmarch, près du phare d'Eckmühl, se distingue de ses congénères égarés en nos régions par sa taille exceptionnelle; il mesure environ 15 mètres de longueur. Ce sujet rare a attiré l'attention du Muséum qui a envoyé un délégué chargé de surveiller le dépeçage. Et le squelette sera probablement attribué à un musée de province, qui pourra s'honorer, comme le Jardin des Plantes de Paris, d'une cour de la Baleine.
LES THÉÂTRES
Le théâtre Léon-Poirier vient de nous révéler une comédie satirique, de M. Lucien Gleize, qui a obtenu le plus franc succès. Le Veau d'or est l'histoire amusante, alerte, et très spirituellement satirique sans méchanceté, d'un parvenu richissime, vaniteux jusqu'au ridicule, et de sa cour d'adulateurs; une intrigue sentimentale lie entre elles les scènes dont se composent ces trois actes, scènes de caractère où éclatent à tout instant les traits cocasses, les formules bien venues, les mots de situation. On a applaudi la pièce et ses interprètes, Mlles Catherine Fonteney et Suzanne Révonne, MM. Berthier, Louis Gauthier, Henri Beaulieu, Dechamps, Paul Plan, Arvel.
«L'Insaisissable Stanley Collins, pièce à grand spectacle en vingt tableaux», de MM. de Marsan et Timmory, est une oeuvre conçue selon l'esthétique du théâtre du Châtelet. L'insaisissable Stanley Collins rappelle le mystérieux Crawford de l'affaire Humbert, si ingénieusement imaginé par la grande Thérèse. Les deux auteurs, tout autant qu'elle, ont fait preuve d'un sens avisé des coups de théâtre et, comme elle, ils se sont avant tout préoccupés de la mise en scène. Décors changeants, brillants costumes, musiques, cortèges et ballets sont d'un faste varié et pittoresque.
Le théâtre de la Porte-Saint-Martin vient de reprendre le Ruisseau, de M. Pierre Wolff, qui, lors de sa création au Vaudeville en 1907, atteignit et dépassa la centième représentation. Cette comédie si fine, émouvante et généreuse, n'a pas vieilli. Son charme, qui est fait de tendresse, n'a rien perdu de son pouvoir sur le public. Et le succès d'hier égale et dépassera peut-être celui d'il y a six ans. Son interprétation est du reste tout à fait supérieure avec MM. Huguenet, Rosenberg, Mlle Jeanne Provost et Mlle Jane Pierly qui, après tant d'autres artistes de café-concert, a fait là, sur une grande scène, un début, d'autant plus remarqué qu'elle prenait dans le principal rôle féminin la lourde succession de Mlle Yvonne de Bray.
Mlle Jane Pierly.--Phot. A. Bert
C'est décidément la saison des «reprises», au moins pour la Porte-Saint-Martin et pour l'Ambigu. Voici, sur cette dernière scène, la reprise de Raffles, triomphe de la pièce policière. Sa carrière fut longue au théâtre Réjane qui la révéla en 1907. Il est à prévoir qu'elle va, durant de nombreuses soirées, connaître un regain de succès avec sa nouvelle interprétation parmi laquelle figure, d'ailleurs, le brillant créateur de Raffles, M. André Brûlé.