Quand le jour a baissé et que montèrent les ténèbres, j'ai trouvé que la fleur était fanée, mais que la douleur restait.

Il te viendra encore des fleurs, ô Monde, des fleurs parfumées et orgueilleuses.

Mais pour moi le temps de les cueillir est passé, et au cours de la nuit noire, je n'aurai pas de roses, mais la douleur est restée.

LE SILENCE DE LA BEAUTÉ

Dans le tumulte impétueux et assourdissant de la vie, ô Beauté, sculptée dans la pierre, tu demeures muette et immobile, seule et distante.

Le Temps est assis, amoureux, à tes pieds et murmure: «Parle, parle-moi, mon amour; parle, ma fiancée!» Mais ton langage est enfermé dans la pierre, ô Immuable Beauté.

Ce dernier poème n'évoque-t-il pas à l'esprit le souvenir d'un sonnet de Baudelaire?

LES THÉÂTRES

L'un des plus constants défenseurs du théâtre d'observation minutieuse et de fine psychologie, de vérité méticuleuse en même temps que de littérature dramatique épurée, M. Edmond Sée, a fait représenter au théâtre Réjane une comédie en quatre actes, l'Irrégulière, qu'on a écoutée avec l'attention qu'elle méritait et qu'on a applaudie avec sympathie. Elle nous expose les déboires et les chagrins d'une femme «irrégulière» qui aspire à la régularité, y parvient et y trouve des déceptions et des douleurs nouvelles. Mme Réjane incarne ce personnage avec son art merveilleux et la troupe qui l'entoure est de tout premier ordre.

De l'un des contes de Voltaire qui prennent rang de chef-d'oeuvre, de l'Ingénu, MM. Charles Méré et Régis Gignoux ont tiré, pour le théâtre Michel, une comédie en trois actes toute pleine de la plus ironique belle humeur, de la plus heureuse audace et de la plus piquante fantaisie. On a salué de rires et d'applaudissements cette très adroite adaptation scénique des mémorables aventures du Huron fraîchement débarqué, du fond de sa Huronie, en pleine France du dix-huitième siècle Et l'interprétation est excellente avec MM. Harry-Baur, Lévesque, Guyon fils, et Mmes Juliette Darcourt, Germaine Reuver, Isane.