Les grands navires peuvent d'ailleurs remonter jusqu'à Bassora, et c'est là que l'on s'embarque pour Bombay.
Instrument civilisateur de premier ordre, le chemin de fer de Bagdad nous paraît devoir servir beaucoup plus au pays dans lequel il est construit qu'à celui qui le construit.
S'il n'est pas destiné à transporter d'Europe en Mésopotamie, ou inversement, les marchandises lourdes qui continueront à prendre la voie de mer moins coûteuse, il peut, par contre, favoriser merveilleusement le développement d'une région immense qui fut jadis l'une des plus riches du monde et des plus avancées en civilisation, au temps des empires de Ninive, de Babylone et de Bagdad. Il ne dépend que du gouvernement turc de l'utiliser.
Aujourd'hui, partout où l'on travaille, les Allemands sont nombreux; mais, l'oeuvre achevée, ils s'en vont et l'on est contraint de reconnaître, sans parti pris, que le souvenir qu'ils laissent ne contribue pas à faire aimer le nom allemand.
Comme dans leurs colonies, ils se révèlent maladroits et inaptes à comprendre ceux auxquels ils commandent; à certains, la cravache paraît facilement indispensable; à d'autres, soucieux avant tout des intérêts de la Compagnie, il arrive de réduire les salaires convenus pour un travail qu'ils estiment insuffisant; or l'indigène peut admettre la violence, mais jamais l'injustice chez l'Européen. Quand, sur le quai d'une gare dont le nom est écrit non pas seulement en caractères français, mais même avec une orthographe française, où le chef de gare parle français et turc, mais ignore l'allemand, on voit passer des trains construits, il est vrai, en Allemagne, on se doute à peine, si l'on n'est pas prévenu, que le Bagdad est une oeuvre--«la grande oeuvre»--allemande.
Mais l'Allemagne n'est pas seule en Asie Mineure: la France et l'Angleterre, venues avant elle, prirent toutes deux Smyrne comme point de départ et pénétrèrent profondément dans l'intérieur.
La France a le réseau Smyrne-Cassaba qui envoie l'une de ses branches vers l'est jusqu'à Afioun-Kara-Hissar (420 kilomètres) où elle rejoint le Bagdad, mettant ainsi le cours de l'Anatolie en relations directes, sinon pour l'instant rapides, avec la mer, l'autre vers le nord à Panderma (275 kilomètres) sur la mer de Marmara, voie stratégique de premier ordre puisqu'elle fait communiquer Constantinople avec Smyrne et toute la côte sans passer par les Dardanelles.
L'Angleterre vient de prolonger jusqu'à Egherdir (500 kilomètres), au bord du lac du même nom, sa ligne de la vallée du Méandre qui longtemps s'arrêta à Dineir (Ottoman Smyrna and Aïdin Railway).
L'Italie, continuant sa politique méditerranéenne, a jeté son dévolu sur Adalia au sud du Taurus: deux compagnies de navigation y font escale en attendant que quelque jour une ligne en parte au nord sur Bourdour et Isparta.
Mais toutes ces lignes même réunies n'égalent pas l'importance du réseau que le dernier accord franco-turc vient de concéder à la France après entente avec la Russie: