Le chef pilote Perreyon.
LES DEUILS DE L'AVIATION
C'est avec une douloureuse stupeur que le monde des sports a appris la chute mortelle de l'aviateur Perreyon, chef pilote de l'école Blériot. Depuis plusieurs années, en effet, Perreyon occupait avec une maestria incomparable un poste des plus périlleux; chargé d'essayer les nouveaux appareils et d'assurer leur mise au point définitive, il se trouvait exposé presque chaque jour à des dangers imprévus bien supérieurs aux risques que court, dans ses plus grandes audaces, un bon pilote montant un appareil éprouvé et qu'il connaît bien. Mais sa prudence et son habileté, comme aussi sa parfaite intelligence de la navigation aérienne, semblaient le mettre à l'abri de la chute banale où périt trop souvent un aviateur insuffisamment entraîné.
C'est pourtant un accident de ce genre qui a causé sa perte. Perreyon essayait, pour la première fois, à l'aérodrome de Buc, un appareil d'un modèle inédit: un monoplan à deux places de front, pourvu d'un moteur de 100 chevaux placé derrière les pilotes. L'avion évoluait normalement à une quinzaine de mètres de hauteur lorsqu'on le vit tout à coup piquer du nez et venir se briser sur le sol, écrasant le mal heureux pilote. On suppose que Perreyon, voulant atterrir, ne put se redressera temps.
Cet aviateur hors ligne, était âgé de trente et un ans. Se consacrant tout entier à l'école Blériot, il cherchait peu les occasions de succès personnel. Il s'était pourtant signalé à l'attention du grand public en s'adjugeant plusieurs records sensationnels: record de hauteur par 5.880 mètres; record de hauteur avec passager, par 4.920 mètres; record de distance avec passager par un raid de 1.200 kilomètres Turin-Rome-Turin. Il y a quelques jours, il avait à son tour bouclé la boucle.
Le capitaine Denis de
Lagarde.--Phot. Otto.
Sa fin tragique a particulièrement ému notre maison. C'est, en effet, Perreyon qui avait monté, pour les épreuves de réception, le monoplan Servir, offert à l'armée par L'Illustration, et qui a été affecté au centre du camp d'Avord.
Quelques jours avant, un accident analogue mettait en deuil le corps des aviateurs militaires. Le capitaine d'artillerie Denis de Lagarde, attaché au centre d'aviation de Reims, venait d'être nommé à Villacoublay; il se rendait à son nouveau poste par la voie des airs. En voulant atterrir à l'aérodrome de Buc, il fut, croit-on, pris dans un remous; l'appareil capota et le malheureux officier fut tué sur le coup. Le capitaine de Lagarde était un des plus jeunes aviateurs de son grade. Technicien de valeur, il s'occupait spécialement du fonctionnement de la télégraphie sans fil à bord des avions, et il avait imaginé plusieurs dispositifs présentant un réel intérêt.