Le combat a eu lieu, lundi dernier, sur le ring du National Sporting Club, devant une assistance fort élégante et choisie; il suffit d'indiquer que le prix des places allait de 75 à 250 francs. Nos photographies évoquent les péripéties de la lutte, qui fut singulièrement rapide. Carpentier, plus brillant que jamais, impatient de vaincre, la conduisit avec prestesse, prenant immédiatement l'offensive, harcelant son adversaire dans un incessant corps à corps. Un «doublé» à l'estomac ébranlait bientôt Bombardier Wells, qui, durement atteint, se repliait sur lui-même; Carpentier, après s'être un peu reculé, le frappait au menton, et l'abattait d'un dernier coup à l'estomac. En 73 secondes, le champion d'Angleterre, plus âgé de cinq ans que le nôtre, et plus lourd de 10 kilos, avait été mis knock out.
Après un moment d'étonnement, de consternation légitime, les spectateurs, sportsmen avant tout, acclamèrent le vainqueur, qui dut apparaître au balcon du club, salué par une foule enthousiaste.
| A Ada-Bazar: la foule autour de l'appareil. | A Konia: Daucourt s'entretenant avec le grand chef des derviches tourneurs. |
A Konia: les élèves des écoles françaises, avec leur
drapeau et leur fanfare; près de l'aéroplane, le père Gaudens. Photographies H. Roux.
PARIS-LE CAIRE EN AÉROPLANE
Pauvre Daucourt! Après des prodiges de courage et d'endurance, ayant dû braver trop souvent des conditions atmosphériques qui lui faisaient courir les plus grands dangers, il avait presque franchi le massif du Taurus. Malgré le bris de son appareil, il pouvait espérer qu'aucun autre Français volant dans son sillage--pas plus Bonnier que Védrines--ne planerait avant lui au-dessus des Pyramides. Mais les gardiens de son monoplan, qu'il aurait été facile de réparer, l'ont laissé brûler; et, malgré son désir ardent de ne pas arrêter un si bel effort, la Ligue nationale aérienne, dont les ressources sont limitées, renonce à l'envoi d'un nouvel appareil. Le transport en grande vitesse, par chemin de fer, de Paris à Eregli, coûterait près de 20.000 francs!
Nous avons reçu de M. Roux, compagnon de voyage de Daucourt, de nouvelles notes accompagnées de photographies, les dernières sans doute. Nous reprenons ce journal de route à Podima, dernière escale des voyageurs avant Constantinople. (Nous renonçons à publier les vues prises au-dessus de la Corne d'Or et du Bosphore; embrumées, elles donnent une idée trop vague de ce panorama merveilleux.)
Le 8 novembre, après déjeuner, escortés par tous les habitants de Podima, nos compatriotes descendent vers la plage, et bientôt le monoplan s'envole. Le vent arrière est assez fort; pendant une centaine de mètres, il rabat l'appareil à 10 mètres à peine au-dessus de l'eau. On monte ensuite, assez rapidement, le long de la côte, et, au bout de dix minutes, on vogue à 1.000 mètres au-dessus du lac Derkos.