Quels que soient les regrets, fort compréhensibles, des deux intrépides voyageurs qu'une vulgaire question matérielle empêche d'achever leur raid magnifique, ils pourront se vanter, l'un et l'autre, d'avoir fait preuve d'une valeur et d'une habileté exceptionnelles; et, s'ils doivent renoncer à la joie de se voir acclamer à Jérusalem et au pied des Pyramides, ils garderont un doux et glorieux souvenir de leur randonnée sur cette terre d'Asie Mineure où, les premiers, ils ont fait descendre du ciel les couleurs françaises.
Nous avons dit à plusieurs reprises à quel point Daucourt et son compagnon étaient frappés du degré que, du Bosphore au Taurus, atteint la culture française» La petite pièce de vers que nous recevons d'Adana en est la preuve la plus éloquente, la plus agréable à accueillir, que nous puissions souhaiter. L'auteur, M. Hrand Sarian, fut boursier du gouvernement ottoman à Paris. On n'en est pas moins délicieusement surpris de voir un habitant de la lointaine Adana exprimer dans le plus pur français et avec toute la chaleur communicative de l'âme orientale ses sentiments pour la France:
A DAUCOURT
Nous sommes les gradins de l'antique Orient,
Que gravit chaque jour le beau soleil levant;
De la Turquie il porte un salut à la France,
Qui laisse en notre coeur si douce souvenance!
Nous sommes les enfants de ce vieux Paradis
Dont les livres anciens ont savamment décrit
Les vastes horizons et l'opulente flore,