Tandis que Daucourt était en panne à Bozanti, ses deux émules, Védrines et Bonnier, partis de Paris après lui, et plus favorisés par le temps, semble-t-il, parvenaient sans incident à Constantinople, ayant suivi une voie un peu différente.

Védrines arrivait à Sofia le 3 décembre à 8 heures du soir, ayant couvert en trois heures l'étape Belgrade-Sofia (380 kilomètres). Le lendemain, au champ d'aviation militaire, il recevait la visite du roi Ferdinand qui s'entretint longtemps avec lui.

Vingt-quatre heures plus tard Védrines rejoignait Bonnier à Constantinople. Les deux aviateurs se préparent à partir ensemble pour le Caire, «non comme des rivaux, mais unis dans l'amour de la France». Du Caire, Védrines, qui voyage seul, se propose d'atteindre l'Australie par Bombay et Singapore.

Bonnier emmène à bord son mécanicien; nous espérons recevoir de lui des clichés faisant suite à ceux de M. Roux.

A Sofia: le tsar des Bulgares interrogeant Védrines sur
ses projets de raid vers le Caire.
--Phot. Thévenet.

SCÈNES DE LA RUE PARISIENNE.--Une mode turque.

A côté des grandes transformations qu'elle impose dans le costume féminin, des révolutions de l'élégance qu'elle édicté, la Mode se plaît parfois à de menus changements, qu'il convient de considérer sans gravité; et ses légers caprices introduisent, de temps en temps, une nouveauté imprévue dans ce qu'on pourrait appeler les accessoires de la toilette, le manchon, le sac, l'épingle à chapeau, voire le lacet du soulier et la couleur du bas de soie. Aujourd'hui, ils s'en prennent à la voilette. On ne faisait guère attention à elle, tant elle se portait généralement discrète et fine, à moins qu'elle ne se portât point du tout. Et voilà qu'elle prétend cacher une partie du visage, le menton, la bouche et le nez, pour laisser seulement apparaître les yeux, à la manière turque... Il y a quelque deux ans, L'Illustration a montré, par un dessin, que les jeunes femmes de Constantinople tentaient, à la faveur d'idées plus libres, d'abandonner le traditionnel yachmah. Les Parisiennes vont-elles adopter le voile auquel avaient voulu renoncer les «désenchantées» de là-bas? La scène qu'a croquée notre collaborateur L. Sabattier à la sortie de la Madeleine, un dimanche matin--car celles qui suivent cette mode musulmane n'en sont pas moins bonnes chrétiennes--indique que, si l'essai en a été fait, il est encore timide, et suscite quelques étonnements. La voilette nouvelle a contre elle d'être funeste aux sourires qu'elle dissimule. Et c'est là, sans doute, pour les Parisiennes, un défaut d'importance.

CE QU'IL FAUT VOIR