[Note 4: ][(retour) ] Edit. Fayard, 3 fr. 50.
LES BEAUX LIVRES
Le mois de décembre est le mois des beaux livres. Il y a, dans les vitrines de Noël, une floraison d'hiver étincelante, une véritable joaillerie de couleurs niellées et marquetées d'argent et d'or. Nous aimerons toujours le faste du livre et, devant les étalages flamboyants, nous nous arrêtons, malgré l'hiver, pour la joie de nos yeux, comme jadis au temps du collège, après la journée de classe. Les volumes d'art pour les étrennes des grandes personnes, et les romans d'aventures et les albums pour les étrennes des enfants, mêlent dans les expositions des libraires les séductions de leur présentation riche. Nous mettrons un peu d'ordre dans la confusion jolie de l'étalage, et, tandis que nous parlerons ici des livres de nouvel an pour lecteurs de tous âges à partir de l'adolescence, nous signalerons dans La Petite Illustration accompagnant ce numéro les nouveautés de la librairie enfantine.
Présenté sous une délicate couverture blanc et or, fastueuse comme une chape pontificale, un important ouvrage de cet érudit des choses italiennes, M. Emmanuel Rodocanachi, nous convie à suivre, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, l'histoire, minutieusement documentée et pompeusement illustrée, des Monuments de Rome[5]. C'est une savante reconstitution de la vie grandiose et tragique de la pierre romaine qui connut le triomphe des merveilleuses cérémonies impériales et l'outrage des invasions barbares avant que de subir les destructions du moyen âge lorsqu'on employa les colonnes des anciens temples dans la construction des églises et les assises des monuments antiques dans celle des forteresses. D'excellents chapitres nous disent les travaux projetés et réalisés par le grand pape Sixte-Quint, et les vicissitudes auxquelles furent soumis les grands vestiges au dix-septième siècle. Et de très complètes monographies sont consacrées aux Obélisques, au Mausolée d'Auguste, au Panthéon, aux Thermes de Dioclétien, aux Arcs de triomphe, au Palatin et au Colisée.
La librairie Hachette, à qui l'on doit l'édition de cet ouvrage, publie encore, à l'occasion des etrennes, d'autres très beaux livres, richement illustrés. Dans l'un d'eux, M. Seymour de Ricci réunit en album sur le Style Louis XVI: Mobilier et Décoration, plus de 450 modèles[6]. L'ensemble des modèles ainsi présentés constitue un enseignement de premier ordre et il n'est plus absolument besoin de visiter les trésors du Louvre, de Versailles, de Windsor et de la Wallace Collection, pour acquérir la connaissance complète de ce qu'est l'art admirable du style Louis XVI. C'est, en quelque sorte, la généalogie même du style Louis XVI qui se trouve décrite ici.
[Note 5: ][(retour) ] Hachette, 20 fr., rel., 25 fr.
[Note 6: ][(retour) ] Même librairie, 25 fr.
Mais voici, traduit et adapté par M. Gaston Migeon, conservateur au musée du Louvre, l'Art en Chine et au Japon, d'Ernest Fenellosa[7]. M. Fenellosa fut l'Occidental qui, le premier, a passionnément interrogé les arts anciens de la Chine et du Japon et en a compris le haut idéalisme, le sens intime, les prodiges d'exécution. Son ouvrage, qui paraît après sa mort, peut être considéré comme un testament intellectuel. Les sujets d'illustrations, par leur variété, constituent l'une des plus belles et des plus riches collections l'art chinois et japonais qui aient été publiées jusqu'ici.
Whistler, sa vie, son oeuvre et son temps, traduit et adapté de l'ouvrage original de E. et J. Pennel, avec 2 planches en couleurs, 12 planches en héliogravure et 64 planches en noir hors texte[8]; l'Oeuvre de Murillo, ce sont encore de nouvelles très agréables éditions de la maison Hachette qui ajoute aussi à sa délicieuse série Ars Una[9] un opportun volume de M. Max Rooses, conservateur du musée Plantin d'Anvers, sur les Flandres.
Un délicieux volume: la Route des Dolomites[10], prend place parmi les belles éditions J. Rey, la grande maison dauphinoise du livre. Nous l'avons dit, et nous devons le répéter: parmi tous les efforts tentés par le régionalisme, la décentralisation de l'édition (le livre provincial fait en province) est l'un des plus intéressants, car il dirige une industrie nationale dans des voies nouvelles et fertiles en heureuses surprises pour le public. Le public, d'ailleurs n'est pas ingrat et il a récompensé par la faveur de son accueil les initiatives et les sacrifices que la maison J. Rey n'a pas hésité à faire en employant de véritables missions photographiques à réunir les éléments d'illustration de ces riches et intelligents volumes: Au pays de Jeanne d'Arc, Aux pays de Napoléon, Aux lacs italiens, Au pays de saint François d'Assise, la Route des Alpes, la Route des Pyrénées.